CHAPITRE TROISIÈME
et ils les ont moins multipliées que nous, parce qu'en les construisant) ils cherchaient surtout k faciliter la marche de leurs armées \ers les contrées k conquérir, ou vers Tes provinces k défendre. Le nom de voies militaires, qu'ils leur donnaient, indique assez leur objet principal. Les nations modernes, au contraire, plus industrielles et plus commerçantes, ont cherché k ouvrir dans tous les sens des communications propres a favoriser la circulation des produits de leur sol et de leurs manufactures.
Les Romains se sont bien moins distingués par le nombre des constructions de ce genre , que par leur constance a entretenir, k améliorer et embellir les chemins qu'ils ont trouvés établis ou qu'ils ont fait construire. C'est ainsi qu'ils sont parvenus k laisser des routes dont, après tant de siècles, nous admirons les restes imposants. Us étaient aussi économes du terrain qu'ils consacraient aux chemins, que prodigues de travaux, de dépenses et de soins pour les rendre solides. Moins désireux d'innover que de bien faire , ils n'entreprenaient les changements les plus utiles, que lorsqu'une longue suite d'années et de réflexions leur en avaient démontré les avantages. L'on en jugera par l'exemple suivant : il est pris sur la route de Rome a Brindes, qui, offrant la communication la plus directe de la capitale avec l'Orient, était certainement le chemin le plus fréquenté de l'Empire. Strabon dit (liv. 6, c. 5) que cette route, qui jusques k Capoue n'était autre chose que la voie Appienne, avait, long-temps avant lui, été poussée par Bénevent et Tarente jusqu'à Brindes; mais qu'une traverse , praticable seulement pour les piétons et les cavaliers, conduisait directement de la première de ces trois villes k la dernière, et abrégeait le trajet d'une journée de marche. Cependant, on avait négligé jusqu'alors, et on négligea long-temps encore, de
la rendre viable pour les voitures; car cette intéressante entreprise ne fut exécutée que dans le siècle suivant par Trajan.
Si c'est avec la plus grande circonspection que les Romains entreprirent les changements, même les plus avantageux, dans la direction de leurs voies militaires, on doit convenir qu'ils ne négligèrent rien pour entretenir en bon état les routes existantes. Ils s'acquittèrent de ce soin en quelque sorte avec obstination, par exemple pour cette portion de la voie Appienne construite sur seize milles de longueur, à travers les marais Pontins. Établie l'an 443 de Rome, ell» fut détruite par les eaux 152 ans après; rétablie alors pour s'abimer de nouveau sous Auguste, on y fit des travaux immenses pour la remettre en bon état, travaux cependant beaucoup moins considérables que ceux exécutés par Trajan, pour la relever d'un nouveau désastre.
Après ces observations, qui nous seront utiles par la suite, il paraîtrait naturel de nous livrer à l'examen de tout ce qu'on a écrit avant nous sur les voies romaines qui traversaient le Roussiilon; mais cet examen aurait l'air d'une critique, et notre objet est bien moins de discuter les opinions des autres, que d'exposer nos propres idées sur cette matière. Parmi les auteurs qui l'ont traitée, les uns l'ont fait très légèrement, se contentant d'indiquer l'emplacement de quelques stations romaines, n'appuyant souvent leurs conjectures que sur une bien faible ressemblance entre les noms anciens et les nouveaux. C'est ainsi qu'ils ont placé Ad Vigesimum, a Sigean , Ad Stabulum, au Boulon, Ad CeMunmies, a Céret. Les autres , beaucoup plus exacts , n'ont négligé aucun moyen de nous offrir des routes k peu près semblables à celles que décrivent les itinéraires , soit eu plaçant les