TROISIÈME ÉPOQUE
DOMlîiXTlOîi DES GOTHS.
Peu de temps après la conquête de Narbonne , la monarchie des Goths s'étendit des deux côtés des Pyrénées. Le Roussillon se trouva presque au centre, et non loin de Toulouse, sa capitale. On sait que dans les premières provinces qui leur forent cédées par les Empereurs, les Yisigoths, plus exigeants que les autres Barbares, enlevèrent les deux tiers de leurs terres aux anciens habitants : ils n'étaient, à cette époque, qu'une horde de pâtres guerriers voulant occuper un vaste terrain pour y vivre k l'aise avec leurs nombreux troupeaux. Hais établis depuis quarantetrois ans dans l'Aquitaine, et gouvernés par des princes habiles, ils y avaient formé un État puissant. Peut-être le changement effectué dans leur organisation politique, leur avait inspiré d'autres maximes de conduite à l'égard des peuples de la Narbonnaise, qu'ils ne possédèrent définitivement qu'en 462. On serait tenté de le croire, en /|C2. voyant les habitants de cette province élevés aux premiers emplois, même au ministère, sous le règne d'Euric. Les détails donnés par Sidoine Apollinaire sur la visite qu'il fit en 463 à Cosence, l'un des principaux citoyens de
VyÛ HISTOIRE DU ROUSSILLON.
Narbonne, semblent prouver que cette ville n'avait pas beaucoup perdu au changement de domination. Quoi qu'il en soit de cette conjecture, quelques sacrifices qu'aient dû faire les habitants de cette contrée , leur position fut plus supportable que dans les derniers temps de la domination romaine. Ils se trouvèrent délivrés pour toujours des exactions des ofBciers impériaux, et k l'abri des ravages exercés par les Barbares. On peut voir dans Salvien combien était affreuse la condition des sujets de l'Empire dans les Gaules. Un gouvernement tyrannique sous des formes libérales, était sans force pour protéger un peuple, dont il exigeait avec la dernière rigueur des impôts accablants et inégalement répartis. Ces impôts étaient consentis par une assemblée composée de fonctionnaires et de notables, ayant la honteuse adresse de ne rien payer et de rejeter toute la chaîne sur leurs malheureux concitoyens. Il n'était pas rare de voir des habitants, poursuivis par les agents du fisc , abandonner leurs biens et se réfugier chez les Barbares, où les attendait un esclavage plus supportable que la liberté dont ils pouvaient jouir parmi leurs compatriotes, sous la domination romaine.
Les rois Théodoric et Euric profitèrent des circonstances malheureuses où se trouvait l'Empire, pour agrandir leurs États, tant du côté des Gaules que du côté de l'Espagne. Ils s'étendirent, dans le premier de ces pays, jusqu'à la Loire et au Rhône. Euric passa même ce fleuve, et s'empara de la Provence. Les persécutions de ce prince arien contre la religion catholique, professée par les Gaulois, les aliéna entièrement, et leur inspira contre le gouvernement des Yisigoths une répugnance, qui contribua beaucoup à lui faire perdre la plupart des provinces des »î07. Gaules, lorsqu'Alaric , fils et successeur d'Euric, eut été vaincu et tué par Clovis, à la fameuse bataille de Voiiillé.