CHAPITRE QUATRIÈME
marché contre l'armée française qui venait de prendre Carcassonne, la défit et reprit la ville, qui n'était pas éloignée du champ de bataille : les Visigoths restèrent maîtres de la province, contre laquelle les Français ne firent plus que des tentatives insignifiantes. Peu après cette victoire, Recarède, renonçant à l'arianisme, entraîna dans sa conversion la grande majorité de ses compatriotes : il déclara son changement le 8 mars 589 , dans le troisième ^89. Concile de Tolède, où soixante-quatre évêques assistèrent en personne et huit par députés. Cette révolution religieuse ne s'opéra pas, cependant* sans éprouver quelque résistance : l'Évéque arien Autalacus^ qui résidait à Narbonne, secondé par deux Comtes de la même secte , y excita une sédition , dans laquelle un grand nombre d'ecclésiastiques et de moines catholiques furent massacrés. On y envoya des troupes qui la comprimèrent : les deux Comtes et leurs principaux partisans furent condamnés à mort ; l'Évéque arien , épargné à raison de son caractère , mourut de chagrin. Le l^i" novembre de la même année, les Évéques de la Gaule-Gothique s'assemblèrent à Narbonne; Bénénatus d'Elne assista à ce Concile. Quelques-uns des quinze canons qu'on y arrêta n'étaient que la répétition de ceux faits précédemment à Tolède. Nous citerons les quatre suivants, parce qu'ils font connaître les mœurs et l'état du pays : « Tout individu , dit l'un de ces canons, qu'il soit Goth, Romain, Syrien, Grec ou Juif, s'abstiendra de tout travail le dimanche, sous peine de six deniers d'or d'amende s'il est libre, de cent coups de fouet s'il est esclave ; il est défendu, par un autre canon, d'ordonner prêtre ou diacre un homme qui ne sait pas lire : un troisième défend de consulter les devins; ceux qui se disent tels seront fustigés et vendus; le prix sera distribué aux pauvres : il est défendu par un quatrième canon de fêter le jeudi comme consacré à Jupiter. )»
(i(; HISTOIRE DU R0USS1LL0^^
Sisenand, gouverneur de la Gaule-Gothique, traversa le 65 1 . Roussillon, en 651 , pour aller en Espagne, où rappelait un parti nombreux ; un gros corps de Français renforçait son armée; et, avec Taide de ces auxiliaires, il réussit à détrôner Suintila , et à se mettre h sa place. Depuis cet événement jusqu'à l'élection de Yamba, en 672, la Narbonnaise fut assez tranquille. Ce bon prince avait accepté avec la plus grande répugnance une couronne qu'il considérait en sage, plutôt qu'en ambitieux. A peine vienl-il d'être élu, que les Navarrais et les Asturiens se soulèvent; il marche contre eux. Hilderic, comte de Nîmes, profite de cette occasion pour chercher à se rendre indépendant. Yamba détache^ pour le mettre à la raison , une partie de son armée, sous les ordres du duc Paul. Celui-ci séduit les troupes qui lui sont confiées; attire à son parti Hilderic, qu'il devait combattre, et se fait proclamer Roi k Narbonne. Une partie de la Tarrâconaise et toute la Septimanie se rangent sous ses lois; un corps nombreux de Francs et d'Allemands marche
sous ses drapeaux. Ces défections ne découragent pas le Ro^ légitime : il soumet les Navarrais en sept jours ; publie le ban qui obligeait tous les Goths, sans exception, à. joindre l'armée royale; embarque une partie de ses troupes, les envoie sur les côtes de la Tarraconaise, et attaque en même temps ce pays par terre. Barcelone et Girone lui ouvreni leurs portes. A cette nouvelle, Paul qui avait poussé l'insolence jusqu'à défier son Roi par une lettre injurieuse, s'enfuit à Narbonne, après avoir confié la défense des Pyrénées à ses plus dévoués partisans. Léofred etGuideigilde devaient garder CoUioure ; le duc Ranoscinde et le gardingue Hildigisus défendaient l'Écluse (Clausuras); un autre capitaine était placé au château d'Oltréra (YxiHura-ria) ; l'Évéque Hyacinthus et Arangiscle gardaient Livia ; le duc Yittimir s'était jeté dans Sardonia. Yamba, arrivé