CHAPITRE SIXIÈME
que ce Comté perdit, vers Tan 900, quelques parties du Diocèse d'Elne.
Gaucelm, fils de saint Guillaume, est le premier Comte de Roussillon dont il soit fait mention ; il est nommé le second parmi les Comtes auxquels Charlemagne adresse son ordonnance du 4 des nones d'avril 812, en faveur de quelques Espagnols réfugiés dans ses États. Ce Seigneur possédait en 813, outre le Roussillon, le Comté d'Âmpurias. Louis-le-Débonnaire lui ôta ce gouvernement en 850, pour le punir d'avoir trempé dans la conspiration de son frère Bernard, duc de Septimanie. 11 rentra bientôt en grâce auprès de l'Empereur, et ftit en 854 victime de sa 854. fidélité à le servir; car ayant vaillamment défendu Châlonssur-Saône contre les troupes de Lothaire , il fut pris et décapité par les ordres de ce fils rebelle.
En 852, on voit un comte Bérenger tenir un plaid k Elne, dans lequel on fit restituer à Babila, abbé d'Arles, des terres usurpées sur ce monastère. Nous ne compterons pas ce Seigneur parmi les Comtes amovibles du Roussillon, parce qu'il parait être ce Bérenger, comte, marquis ou duc de Septimanie, envoyé pour réformer les abus qui s'étaient glissés dans l'administration du pays par la négligence de Bernard.
De 845 a 850, on trouve un Comte de Roussillon, appelé Suniaire; mais on ne connaît aucune particularité de sa vie. On ignore même l'année de sa mort. Dans un plaid tenu le 6 des calendes de septembre 868 , par le comte Salomon, on réclamait de Vitiza, abbé d'Exalada, l'aleu de Canaveilles-en-Con fient, donné à son monastère par Anne et sa mère Rotrude , fille de Béra , comte de Roussillon. Le mandataire de Salomon soutenait, qu'appartenant au fisc, Béra n*avait pu l'aliéner. L'Abbé oflrit de prouver par témoins que, propriété particulière du comte
94 HISTOIRE DU ROtSSILLON.
Miron, pourvu de ce Comté quelques années après la destruction du monastère d'Arles par les Normands, en 859; 30 Suivant la charte 54 du Marca Hisp. , notre Miron était fils du comte Sunifred. D'après Bofarull , Vuifred-le- Velu, fils d'un Sunifred, avait un frère nommé aussi Sunifred. Dans la charte 112 du premier volume de YJlisi. du Ixing., on voit figurer parmi les donateurs deux Comtes , nommés Vuifred et Miron , tous deux fils et frères d'un Sunifred. Ces deux Seigneurs paraissent devoir être Vuifred-Ie-Velu et Miron de Roussillon : les historiens du Languedoc sont de cette opinion. Â la vérité, Bofarull , se fondant sur les nombreuses lacunes de cette charte, et surtout sur sa date, ne croit pas qu'elle puisse concerner Vuifred-le-Velu ; mais les lacunes peuvent être remplies d'une manière fort naturelle, et une observation assez simple fera évanouir la difficulté bien plus grave de la date, provenant uniquement de la manière dont on l'a expliquée; en effet, celte charte est datée de 877, année de la mort de l'empereur Charles. On a voulu que ce Carolus fût Charles-le-Gros et non Charles-le-Chauve : cependant plusieurs actes, en Languedoc, sont datés de la mort de ce dernier, Louis, son fils, n'ayant point été reconnu sur-le-champ dans cette province, et quant à Charlesle-Gros, il ne fat Empereur qu'en 880. 11 n'est pas fort aisé de dire quel était ce comte Sunifred, père de Miron. On voit à cette époque quatre Seigneurs de ce nom dans la Marche d'Espagne. Le n^ 34 du Marca Hisp. fait présumer que ce Sunifred avait eu quelque autorité en Roussillon , ce qui ne peut convenir qu'à Sunifred , comte de la Marche d'Espagne , de 844 à 848. Quoi qu'il en soit, d'après les documents relatés ci-dessus, et d'autres chartes que nous citerons, il parait que tout le Diocèse d'Elne, compris sous le nom de Comté de Roussillon.