CHAPITRE SIXIÈME. 9j
fut gouverné, depuis la fin de 875 jusqu'à 895, par un comte Miron, fils de Sunifred et d'Ermessinde, frère d'un Vuifred, très probablement Vuifred-le-Velu, comte de Barcelone. Ce Miron doit avoir, dans les premières an* nées de son administration , molesté quelques églises, et s'être attiré par Ik une semonce du pape Jean VIII. Sans doute il s'empressa de réparer ses injustices, qui ne devaient pas être d'une grande importance; car ce Pape, fort prodigue d'excommunications, se contenta de le menacer. D'ailleurs, on le voit contribuer à reconstruire l'abbaye d'Arles et à bâtir et doter l'église de Formiguères ; il donna aussi avec ses frères, pour le soulagement de l'âme de leur père et mère \ la ville de Prades à l'abbaye de la Grasse. Il mourut avant les ides de mars 895 (Fossa). Il avait fait, avant de mourir, de grandes libéralités à l'église d'Elne. Le Pape Romain les approuva par une lettre ( art. 58 du Marca Hisp.). Mais comme elles étaient prises en partie sur le domaine royal, elles furent confirmées par le Souverain (art. 59 du Marca Hisp.); et c'est une nouvelle preuve que Miron exerçait l'autorité comtale sur le RoussiUon. L'on voit par ces chartes, que presque toutes les églises du Diocèse tombaient en ruines, et qu^on n'avait aucun moyen de les réparer. L'événement le plus remarquable arrivé du vivant de ce Comte, est une crue de la Tet, si forte qu'elle emporta le monastère de Saint-André-d'Exalada, construit, avant 841, sur un emplacement fort élevé au-dessus du lit de cette rivière*. Tous les titres ayant été enlevés par les eaux, on les refit suivant la loi des Goths , en appelant devant
i Propter remedium aniniœ, etc..
2 Ce qui reste encore des ruines de r« monastère , au point de la route de Mont-Louis qu'on appelle lot Graut, étant à pluii de iW raèlrcs au-dessus du niveau du lit de la Tet, (S bâliiNfuls qu'habitaient les Moiiie> devaient s:in« douir orrtipor un emplacement infi:rienr.
les juges les témoins des actes perdus^ ou à leur défaut les personnes qui en avaient eu connaissance. On rétablit ces titres d'après leur déclaration, reçue sous la foi du serment. Les moines échappés à cette catastrophe se réunirent à Saint-Michel-de-Cuxa. Le testament de l'abbé Protasius, fait quatre ans après, nous apprend qu'ils étaient cinquante moines. Nous y voyons aussi combien ils possédaient de chevaux, d'ânes, de mulets, de brebis, etc. Nous nous contenterons de noter ici que leur bibliothèque consistait en trente volumes.
Malgré toutes ces preuves de l'existence d'un comte Miron k la fin du ix^ siècle, Dom Vaissette est le seul qui l'admette parmi les Comtes de Roussillon. Il le fait même ligurer dans les chartes n®» 56 et 60 du Marca llisp. , attribuées par Baluze aux années 898 et 901 ; ce qui ne peut être, puisque le Miron de Dom Vaissette mourut avant les ides de mars 895. C'est sans doute par ce motif que notre savant compatriote Fossa , dont on a suivi l'opinion dans VArl de vérifier ks Dates, l'a exclu de la liste de nos Comtes, où il l'avait d'abord placé. Dom Prosper de BoCarull a prouvé que le Miron signataire de la charte n» 56, est un Comte de Cerdagne, fils de Vuifred-le-Velu. Quant k la charte n^ 60, sa date anno quarto régnante Cnrlono rege, me parait devoir être la quatrième année de Carloman, et non de Charlesle-Simple. En effet, dans le corps de cette charte, Charles-le-Chauve est appelé par syncope Carlo au lieu de Carolo; pourquoi aurait-on donné le nom de Carlofw k Charles-le-Simple ? Nest-il pas plus probable que Carlono est le nom syncopé de Carlomano, dont la quatrième année est l'an 882, qui convient très bien k notre Miron, plein de vie k celte époque?
Les concessions do terrain faites par les Carlovingiens