‹ Histoire du RoussillonChapitre 73 sur 241 · CHAPITRE HUITIÈME. 1 i · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. 1 i

phèie. Grossiers et indociles, ils ne pouvaient vivre en paix. De là, leurs fréquentes invasions en France, et la continuité de leurs discordes civiles. Enfln, un prince de la race des Oméyades, proscrite en Orient, Abdel- Rhaman l^ (Appendice j n^ 12) ayant réussi, après une longue guerre , à se rendre maître de la Péninsule, offrit un asile dans ses États à tous les Syriens persécutés dans leur patrie , à cause de leur attachement à la famille détrônée. A la suite de ces réfugiés, les sciences et les arts passèrent de l'Asie en Europe : la poésie et l'éloquence adoucirent les mœurs r l'architecture décora lès villes ; des temples, des palais, des fontaines furent élevés; on répara les routes; des manufactures s'établirent, et l'on chercha a faire refleurir l'agriculture, ruinée par la longue domination des Goths et les guerres civiles des Musulmans. Ce fut en 949, sous le règne d'Abdel-Rhaman III, que fut terminé le grand canal d'irrigation d'Ecija, le premier de ce genre construit en Espagne. Son fils, Al-Hakem II, l'imita. Sous ce règne, qu'on put appeler l'âge d'or, et qui finit trop tôt, en 976, on construisit dans les plaines de Grenade, de Murcie, de Valence, et même dans l'Aragon , des canaux et des lacs artificiels, destinés à conduire ou à fournir des eaux pour arroser les terres. Les guerres firent pénétrer les Chrétiens d'Espagne , comme ennemis ou comme alliés, dans les pays des Infidèles; ils ne tardèrent point a profiter de leur exemple. Dès i*an 973, on trouve une donation faite par Borel, comte de Barcelone , de quelques jardins situés dans le Comté de Maneroc, jardins qu'il désigne par les mots de hortos subregancos (pour subrignos), jardins arrosables. Le 6 avril 1021, la comtesse Ermessinde, et son fils le comte et marquis Bérenger de Barcelone, vendent, pour quatre mancuses, aux habitants de Corron, le droit d'arroser

i\ù HISTOIRE DU ROUSSILLON.

le Tech pour l'irrigation. Il serait superAu de produire un plus grand nombre de preuves , et je consigne ici une observation importante, résultant de soixante-dix chartes que j'ai parcourues. Dans les actes où il est question d'eaux, d'aqueducs, de canaux, ceux des ix®, x^ et xi^ siècles concernent leur usage pour les moulins, tandis que dans la plupart de ceux d'une époque postérieure, on s'occupe de leur destination pour l'arrosage des terres.

L'art d'appliquer Teau comme moteur aux moulins à farine naquit en Orient. Un siècle avant l'ère chrétienne, aux limites de l'Asie, le moulin à eau , nouvellement inventé, remplaçait le moulin k bras, auquel on employait les femmes et les esclaves * . D'autre part, le moulin construit par les ordres de Mithridate à Cabyra, aujourd'hui Tunkal , passait, au dire de Strabon , pour une chose fort curieuse : mais il ne parait pas qu'on se soit alors bien empressé d'adopter généralement cette découverte; car un passage de l'oraison funèbre de Placilla, femme de Théodose I^r, par saint Grégoire de Nice, prouve, qu'a la fin du rv^ siècle, on employait souvent la force des animaux pour faire fonctionner ces sortes d'usines. Quant^ l'Occident, ces moulins, déjk introduits en Grèce, ne le furent que bien plus tard k Rome. On trouve dans Vitruve, une description assez exacte, mais très succincte, d'un moulin a eau , qu'il pouvait avoir vu en Asie ; et comme il l'a placé dans la partie du dixième livre consacrée k l'indication des machines les moins usuelles, rien ne prouve que, de son temps, on construisit en Italie de semblables

1 Dans des vers {gracieux , qne noa» a transmis l'anthologie grecque , Anlipater de Sidon s'exprimait ainsi :

• Cessez de vons donner de la peine , jeunes filles employées à faire tourner le moulin , Cérës a ooipmandé aux Nymphes des eaux de remplir votre tâche. A sa voix, placées à la roue , elles forcent la lourde meule k se laisser entraîner sur son axe . et à écraser dans s;i ■évolution le blé ilesliné à ^Ire réduit en farioc. >

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