‹ Histoire du RoussillonChapitre 72 sur 241 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

beaucoup d'exactitude le nombre de journées qu'exige chacune des opérations nécessaires à sa culture , il n'en compte aucune pour son arrosage , qui , cependant , à la manière dont il l'indique, exigerait beaucoup de temps. Virgile consacre à Tirrigation , neuf ou dix vers du premier livre des Géorgiques * ; mais* l'élégante description qu'il fait des plus simples opérations de cet art, ne nous instruit guère de ses progrès chez ses compatriotes. Le huitième livre de l'architecture de Vitruve, est entièrement consacré a décrire les moyens de rechercher et de conduire les eaux. (Appendice, n^H. ) L'auteur y traite des canaux destinés a les amener dans les villes et les habitations particulières ; il ne dit pas un mot de ceux que l'on voudrait construire pour l'irrigation. Son silence ne peut que nous confirmer dans l'opinion , que cet art était peu pratiqué chez les Romains, opinion déjà formée parla lecture de leurs auteurs agronomiques. Les restes gigantesques de leurs aqueducs , monuments admirables encore aujourd'hui, après avoir résisté dix-huit ou vingt siècles aux injures du temps et k la main encore plus destructive des hommes ; ces restes magnifiques, nous en convenons, peuvent, au premier abord, donner une grande idée des travaux entrepris pour l'arrosement des terres ; mais un examen plus attentif convaincra aisément que les Romains, en les élevant, avaient bien moins songé aux avantages

I Géorgiqtiei, traduction de Delible, vers 1S3 à 130:

I*ui6 d'an fleiure coupé par de nombreux canaux. Court dans chaque sillon distribuer les eaux. Si le soleil brûlant flétrit l'berbe mourante, Aussitôt, je le vois, par une douce pente. Amener, du sommet d'un rocher sourcilleux, L'n docile ruisseau, qui. sur un lit pierreux. Tombe, écume, et roulant avec un doux murmure, Des I haniii> dôsallérOs, ranime la verdure.

qu'en pourrait tirer l'agriculture, qu'a procurer aux villes, aux maisons de campagne de l'Empereur et des Grands, tous' les agréments dont le luxe ou les habitudes avaient fait un besoin , non-seulement pour les Romains opulents, mais encore pour les simples citoyens. Jetons un coupd'oeil rapide sur ces divers ouvrages.

Un canal dérivé de l'Ânio conduisait des eaux à Tibur; VAqua Cabra ou Damnata était distribuée à des heures, et suivant des proportions déterminées, aux maisons de campagne de Tusculum. On avait construit des aqueducs pour amener des sources abondantes k Catane, k Salone, à Éphëse, à Alexandrie-Thoas , k Athènes, à Évora, à Ségovie, a Metz, k Nimes, k Besançon, et dans plusieurs autres villes; mais tous ces monuments somptueux le cédaient encore aux aqueducs de Rome. Ce que nous allons en dire, d'après Pline (liv. 36. c. 15), et d'après Frontin, qui nous en a laissé une description très circonstanciée, nous apprendra leur destination , et nous mettra k même de juger, par analogie , de celle des autres sur lesquelles nous n'avons pas des renseignements aussi précis. Lorsque Frontin fut nommé par Nerva, inspecteur de ces aqueducs, on en comptait neuf, dont sept portaient le nom commun de Aqva, et se distinguaient par les épithètes suivantes : Apjda, Mariia, Tepvla, Julia, Virgo, Alsietina ou Augmta, Claudia ; les deux dérivés de l'Anio , se nommaient : VAnio velus ^iVAnio notms. Ils avaient tous été construits de l'an de Rome 441 k l'an 789. Ils prenaient leur origine k des distances de la ville, comprises entre sept et quatre milles. La longueur de leur cours variait de 11.190 pas k 61.710,50; leur développement total était de 272.709 pas (404 kilom.), dont 206.555 (306 kil.) en constructions souterraines, qui s'enfonçaient quelquefois jusqu'k 50 pieds au-dessous du niveau du soU

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35.918 pas (55 kil.) en ponts aqueducs qui s'élevaient, en certains endroits, jusqu'à la hauteur de i09 pieds, et enfin 30.240 pas (45 kil.) en canaux construits à fleur de terre. Frontin évalue la quantité d'eau qu'ils fournissaient k 24.413 quinaires ^ quoique, a^^ant lui, on ne comptât que 14.028 quinaires dans les registres de distribution, et seulement 12.383 dans ceux de recette '. Près des trois quarts (soixante-et-onze centièmes) de cette eau entrait dans la ville^où, après avoir servi à divers usages, elle se jetait dans les égouts, qui la portaient au Tibre, chargée des immondices dont elle les avait délivrés. La moitié environ des 0,29 restants était utilisée hors de la ville pour le public ou pour les maisons de campagne de l'Empereur; l'autre moitié était distribuée à des particuliers. Les concessions en faveur de l'agriculture ne pouvaient être tirées que de cette dernière partie; et même le plus grand nombre des prises d'eau qu'elle alimentait, avait pour destination les villas des Grands, situées aux environs de la capitale'. Les concessions cessaient d'avoir leur effet par (a mort du concessionnaire ou par la vente de la propriété, tandis que celles des bains publics étaient perpétuelles : en changeant de maître, le privilège devait être renouvelé. Il existait dans le Code romain un grand nombre de dispositions sur les cours d'eau et les dérivations pour les usages publics et privés, qui ont fait et font encore loi chez presque tous les peuples. On ne saurait, toutefois, en conclure que l'irrigation des terres^ en fût le principal objet : tout prouve, au contraire, que l'emploi des canaux concernait plus généralement l'embellissement des villes et des

1 On appelait ainsi la quantité d'eau qui coulait par un tuyau de 5/4 de doigt de diamètre, à peu près 0,0232S de mètre ; on 0,86 en poures de Paris.

2 G'est->à-dirf qu'un haitième était compté pour les perles ou les accidents.

palais. Le diamètre des orifices de distribution, u'excédait que bien rarement la vicénaire, réduite d'un demi-doigt, ou 3 pouces 09 : dimension bien insignifiante pour des arrosages de quelque importance. Souvent, on y adaptait, pour l'écoulement, un tuyau long de 50 pieds. Tous ces détails, dont l'exactitude nous est garantie par le caractère de Frontin et la charge qu'il avait exercée, prouvent combien peu les Romains avaient songé k favoriser l'agriculture en construisant ces ouvrages somptueux. Mais, s'ils n'utilisèrent pas les eaux pour l'irrigation dans leur propre pays, à la porte de la capitale, l'auront-ils fait dans les Gaules, en Espagne? C'est tout-à-fait improbable. Et certainement les Barbares établis dans ces provinces, k la décadence de l'Empire, n'auront pas entrepris une amélioration agricole négligée par les Romains.

La conclusion naturelle de tous ces faits , c'est que l'art de fertiliser des terres arides au moyen de l'irrigation, était peu pratiqué en Espagne et dans la Narbonnaise avant l'invasion des Arabes. Cet art, comme nous l'avons vu plus haut, n'était pas toutefois complètement ignoré de ces peuples. La conquête de la Syrie et de l'Egypte les familiarisa avec les travaux nécessaires pour la cqnstruction et l'entretien des grands canaux d'irrigation. Malheureusement pour l'Espagne, les soldats de Tarik et de Mousa, et surtout les renforts qui leur venaient d'Afrique, comptaient peu d'Arabes dans leurs rangs : ils étaient composés en grande partie d'aventuriers de toutes les nations, Juife, Musulmans, Chrétiens même, que l'espoir du pillage avait enrôlés sous les drapeaux du Calife et des Maures, entraînés par le fanatisme de la nouvelle religion. Ces hommes, bien inférieurs sous la rapport de la civilisation aux conquérants de l'Asie, se jetaient sur l'Occident pour le piller ou le soumettre k la loi du Pro-

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