CHAPITRE PREMIER
PReNIËRE PÉRIODE.
TEMPS Q\3l ONT PRÉCÉDÉ. \A DONTONTION ROMMî^ft.
Les anciens ne nous' ont laissé que de bien faibles renseignements sur l'état primitif des pays qui forment le département des Pyrénées-Orientales. Pour y suppléer, les modernes ont eu recours à des conjectures plus ou moins ingénieuses, quelquefois même à des fables qui ne méritent pas d'être réfutées. Rapportant fidèlement ce que nous apprennent d'une manière précise des écrivains dignes de foi , et vivant à une époque où ils pouvaient puiser à des sources maintenant perdues, nous passerons légèrement sur les conjectures formées d'après des faits douteux ou des témoignages peu positifs.
César nous dit que les peuples de la partie orientale des Gaules, appelés GaUi par les Romains, se donnaient dans leur langue le nom de Celtes; Polybe le leur donne également. Ces GalH ou Celies étaient divisés en confédérations, formées chacune de plusieurs petits peuples. La contrée comprise entre la Méditerranée, les Pyrénées,
2 HISTOIRE DU BOUSSILLON.
la Garonne et le Rhône, était occupée par la confédération des Volces, tant Arécomiques voisins du Rhône, que Tec-* tosages établis vers les Pyrénées (voyez Cicéron, César, Strabon, Mêla, Pline, Ptolémée, Justin). Suivant Pomponius Mêla, la côte du Roussillon aurait été habitée par les Sardones ; Pline les y place aussi, leur donnant pour voisins, vers Tintérieur des terres, les Consuurani. Ptolémée attribue aux Volces-Tectosages les deux villes d'Illibéris et de Ruscino. Quant a celle de Julia-Lybica, qu'il donne comme Tunique cité des Ccretani, elle paraît être Livia, petite ville espagnole, enclavée dans la Cerdagne française (canton de Saillagouse).
GOOaT.j.-c. Rufus-Festus-Aviénus * nous fournit sur les anciens habitants de notre pays, des détails plus circonstanciés. «Marseille, fondée environ 600 ans avant Jésus-Christ, commerçait, dit-il , sur nos côtes, habitées par les Sordi, peuple a demi sauvage, se plaisant dans des lieux d'un accès difficile, n'ayant d'autre demeure que les antres des bêtes fauves. Au nord des Pyrénées, s'étendait une plaine sablonneuse, au milieu de laquelle coulait le fleuve Roschynus (la Tet). On trouvait ensuite un étang entouré de vastes marais : Sordicen était le nom quQ leur donnaient les habitants; ils appelaient Sordus, une rivière se jetant dans la mer au sortir de ces lagunes. Il avait cependant existé dans les confins du pays des Sordi, une ville riche, appelée Pyrène, dont la distance aux Colonnes-d'Hercule était de sept journées de navigation pour un navire bon voilier. Les Marseillais y faisaient un grand commerce d'échange avec les Sordi, » Cette 'des-
1 Ce poète^géographe , conlemporain da grand Théodose , a composé deux poèmes sar la géographie. Voyez celui qui est intitulé Ora marilima, depuis le vers 552 jusqu'au bl2', en observant, d'après tous les commentateurs, que ses descriptions se rapportent toujours à r.mcien rtat flii pays.
CiU PITRE PREMIER. 3
cription d'Aviéniis s'accorde assez avec Tétai actuel des lieux, si l'on prend en considération les changements qu'ils ont nécessairement éprouvés dans un intervalle de plus de vingt siècles; car, d'un côté, les débordements multipliés de la Tel doivent avoir recouvert d'une couche épaisse de limon, et rendu fertile la plaine sablonneuse qu'elle traversait ; de Tautre , les marais , cédant a l'industrie de l'homme, peuvent avoir diminué au point que le Sordus, qui paraissait en sortir, fAt la Gly, dont l'embouchure n'est qu'à 3.000 mètres de l'étang de Salses. Quoi qu'il en soit, les Sardmes de Mêla et de Pline paraissent tirer leur origine des Sordi d'Aviénus, et non d'une colonie venue de Sardaigne, colonie dont l'existence n'est appuyée que sur l'assertion d'un auteur moderne. On demandera peut-être d'où venaient ces Sordi. En l'absence de tout document historique, il est plus prudent d'avouer son ignorance que d'avoir recours à des conjectures hasardées. Nous dirons cependant que Scymnus de Chio place les Lygiens ou Ligures sur la côte orientale des Gaules voisine de l'Ibérie, et que, plusieurs siècles avant lui , Scylax avait donné la population de cette côte, depuis Emporium jusqu'au Rhône, pour un mélange d'Ibériens et de Lyges ou Ligures. Mais ce dernier nom est-il celui d'une nation particulière, ou bien est-ce ici une dénomination générale donnée à des peuples différents , à raison d'une situation commune à tous? Il est bien difficile de ne pas adopter cette dernière opinion, lorsqu'on voit dans les divers auteurs, des Lygiens ou Ligures, depuis le Xucar jusqu'au-delà de Gènes; surtout si, comme on le prétend, le mot Ligures est composé des deux racines celtiques Ly et Gures, qui, dans cette langue, signifient habitants de la côte, Pliisieui's auteni*s sr fondant sur le 200« vers do Scvm-
4 HISTOIKE DU liOUSSILLON.
nus de Oiio, et sur un fragment de Dion Cassius, cité par Zonaras et par le Scholiaste de Lycophron, ont voulu placer en Roussillon les Bébryces, peuple d'origine ibère*; mais on peut seulement inférer du vers de Scymnus, qu'ils étaient établis dans la Gaule Narbonnaise. Quant au passage de Dion , cité par le Scholiaste , il eu résulterait que ce peuple habitait entre les Pyrénées et les monts Auvarauniens : à la vérité , ces derniers étant un peu trop éloignés^ on leur a substitué les monts Cérétains, qui, faisant eux-mêmes partie des Pyrénées, ne peuvent convenir. M. Lefronne propose les Cévennes: cette correction faisant accorder Scymnus et Dion, est fort heureuse ; mais elle n'impose pas l'obligation de placer les Bébryces dans la contrée formant aujourd'hui le département, entièrement occupée par les Sardones et les Consuarani de Pline , et par les Cerelani de Ptolémée ' . Aviénus ne fait aucune mention d'Illibéris ni de Ruscino. Ce qu'il dit de l'état du pays démontre assez que ces villes n'existaient pas à l'époque dont il parle; mais comme elles avaient une certaine importance lors du passage d'Annibal y on peut supposer leur fondation antérieure de deux a trois siècles à ce grand événement.
Dans un ouvrage intitulé Index Comitum Ruscinonen" sium, on attribue k Ruscino une origine punique, sur le seul fondement que ce nom, porté par une ville d'Afrique ' , appartient a la langue pfiénicienne , dans laquelle» il signifie rJief. La découverte de médailles puniques, quoique très rares dans ce pays, prêterait quelque appui
1 Silius Italictts parait aiusi avoir embrassé celle upiaion ; mais l'auloritû de ce poète ne saurait contrebalancer, sur on point de géographie, relie de Ponipunius Mêla et de Pline l'Ancleo , dont H était à peu près contemporain.
2 Journal dea Savants, de février 1839, p. iiS.
3 Rusicada, maintenant Slora, sur la cûle nord de TAIgérie.