‹ Histoire du RoussillonChapitre 9 sur 241 · CHAPITRE (CREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE (CREMIER

à cette opinion, s'il n'était infiniment vraisemblable que ces médailles y ont été apportées, soit par les soldats d'Annibal, soit par des aventuriers gaulois ayant servi dans les années carthaginoises ou dans celles des rois de Syrie. De nos jours , un habile archéologue * a prouvé que plusieurs noms de lieux, dans cette contrée, dérivent d'une racine phénicienne, et ont, dans cette langue, une signification dont le rapport avec leur situation est des plus frappants. Les travaux de cet archéologue donneraient un fondement plus solide à l'opinion de l'auteur de l'Index , si des étymologies seules, quoique très bien déduites, suffisaient pour démontrer que les Phéniciens ont jadis fait sur nos parages un établissement ou même un commerce dont on ne trouve aucune indication dans les historiens et les géographes de l'antiquité. D'ailleurs, dans un pays occupé par les Celtes, dont la langue, suivant de savants linguistes * , vient du phénicien ou de l'hébreu , serait-il suri)renant qu'il y eût des villes, des montagnes, des rivières, dont les noms dérivassent de l'un de ces deux idiomes? Cette question très intéressante mérite d'être discutée : nous la renvoyons à l'appendice à cause de l'étendue de la dissertation. (Appendice, n° 4.)

S'il suffisait qu'une cité portât un nom dérivé d'une langue ancienne , pour attribuer sa fondation an peuple qui parlait autrefois cette langue, on pourrait dire qu'Illibéris, dont le nom signifie ville neuve dans la langue qu'on croit avoir été celle des anciens Ibères, a été bâtie par une colonie venue de ce pays, dont le voisinage rendait plus probable l'émigration attestée par le passage de Scylax mentionné ci-dessus. Polybe compte Ruscino et Illi-

1 M. P. Puiggari.

2 Voyez le phaieg de Bochart, les méoiolres sur la langue celtique de BuUet. la préface de Borel «ir Ips recherches ipiuloiscs.

a IIISTOinE DU ROUSSILLON.

béris parmi les villes celtiques. A la vérité, comme il place dans la même catégorie des cités dont l'origine grecque est certaine, on peut soupçonner qu'il a fait dans leur classement moins d'attention k leur population primitive qu'à leur situation géographique. Quant à Pyrène, son nom dérivé du grec, sa position sur une côte habitée par un peuple à demi sauvage, et son commerce avec Marseille, doivent nous la faire considérer comme l'un des nombreux établissements que cette république commerçante avait formés sur les bords de la Méditerranée, pour lui servir de comptoir et d'entrepôt. Quelque opinion que l'on embrasse sur l'origine de ces villes, il n'est pas douteux que leur fondation contribua puissamment à civiliser les Sordi. Les anciens habitants du Roussillon , faisant partie de la confédération des Volces-Tectosages , fournirent probablement leur contingent a la grande migration de ces peuples vers la forêt Hercinienne, et, ensuite, à leurs diverses expéditions dans la Grèce, la Tlirace et l'Asie. Mais nous ne connaissons, avec certitude, rien de ce qui concerne l'histoire du Roussillon jusqu^au passage d'Annibal.

Les Gaulois établis au pied des Pyrénées se conduisirent, dans cette circonstance difficile, avec une sagesse qu'on ne trouve pas toujours chez les nations les plus civilisées. Leurs magistrats avaient répondu avec dignité et franchise aux envoyés de Rome qui les engageaient à disputer aux Carthaginois l'entrée de leur pays. D'un autre côté, ils voyaient les Ibères, leurs voisins, contraints de fournir des hommes et de l'argent à l'armée africaine, et ils n'osaient ajouter foi aux discours des émissaires d'Annibal, cherchant à leur persuader que ce général, n'ayant d'autre projet que de passer au plutôt en Italie, ne devait leur inspirer aucune crainte. Un danger aussi

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