CHAPITRE OIXIÈMB
toutes les conditions imposées par le traité signé dans le couvent des Frères Prêcheurs de Perpignan , le âO janvier 4270. Jacques s'y reconnaît vassal du Roi d'Aragon : 4279.
s'engage pour lui et ses successeurs à le servir envers et contre tous ; à lui livrer toutes les fois qu'il en sera requis les villes de Perpignan, de Majorque et de Puycerda; k assister aux Cortés de Catalogne, lorsqu'il ne se trouvera pas dans son Ile ; k faire observer en Roussillon les lois et usages de Catalogne ; k n'y permettre d'autre monnaie que celle de Barcelone. Il fut dispensé, sa vie durant, de prêter foi et hommage en personne, d'aller aux Cortés et de livrer les trois villes. Cet accord, entièrement contraire au testament du père commun, consenti et approuvé par Pierre lui-même, ftit en général regardé comme un acte oppressif, que la force seule pouvait faire exécuter. Aussi, Pierre, non content de le faire signer par son frère, exigea que les Comtes de Foix et d'Ampurias, le Vicomte de Cas** telnon, Dalmau de Rocaberti, Raymond Dourg, Guillaume de Canet, Bernard Hugues de Serrallongue, Dalmau de Castelnou, Pierre Çagardia, Arnaud de Corsavi, Guillaume de So, les Syndics de Perpignan et ceux de Majorque, se ^rendissent garants de son exécution. Dans les premières années, le roi Jacques parut vouloir remplir les conditions de cet accord : il conduisit des troupes au secours de son frère contre le Comte de Foix et plusieurs Seigneurs cata* lans, du nombre desquels était Guillaume de Canet. Il se distingua par sa valeur, en i280, au siège de Balagner, défendu par ces Seigneurs contre le Roi d'Aragon. L'année suivante, il accompagna celui-ci k Toulouse où il avait été voir le Roi de France. Malgré toutes ces démarches, il est présumable qu'il n'attendait qu'une occasion favorable pour secouer le joug imposé par son frère; elle parut se présenter bientôt après. A la suite d'un soulèvement, qui
4282. avait pris naissance à Palerme, le 30 mars 1282, les Siciliens avaient massacré tous les Français établis dans leur île. Craignant la vengeance du roi Charles d'Anjou, ils appelèrent à leur secours Pierre d'Aragon. Celui-ci n'était peut-être pas étranger k la révolte de ces insulaires. Du moins, il parait ne s'être montré à cette époque, avec une flotte considérable sur les côtes de Tunis, qu'afin de se trouver à portée de soutenir cette insurrection, et d'en proflter pour s'emparer d'un royaume sur lequel sa femme Constance avait des prétentions. Mais le pape Martin IV , prenant le parti de Charles, son vassal, déclare le Roi d'Aragon, non-seulement incapable de régner en Sicile , mais encore déchu du trône de ses pères, et donne le Royaume d'Aragon à Charles-de- Valois, second fils de Philippe-le-Hardi , roi de France.
Il est impossible de justifier une pareille sentence, dont l'exécution n'était pas aisée. Pour y réussir, le Pape publie une Croisade contre Pierre, qu'il avait eu soin d'excommunier. A la voix du Pontife, des troupes nombreuses de Croisés accourent se réunir aux environs de Toulouse, de Carcassonne et de Narbonne, sous la bannière de Philippe, chef naturel d'une expédition, dont le but était de donner une couronne k son fils. L'Aragonais, de son côté, ne se laissant pas intimider par l'excommunication, ne négligea aucune précaution contre l'invasion des Croisés. Connaissant les liaisons du Roi de Majorque avec celui de France ; se méfiant surtout de son frère , k raison des injustices qu'il lui avait faites , et peu satisfait de la manière dont il avait répondu k ses propositions au sujet d'une guerre regardée comme inévitable , il résolut de tout tenter pour s'assurer de sa personne. Sûr d'avoir des partisans parmi les principaux habitants du Roussillon, il part inopinément du Lampourdan, a la tête d'un corps