‹ Histoire du RoussillonChapitre 86 sur 241 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

de cavalerie choisie, traverse les monlagnes, et arrive de nuit, par des chemins détournés, devant Perpignan, sans que le Roi de Majorque ait eu avis de sa marche. Le Vicomte de Cardone, s'apercevant alors de ses projets sur cette place, lui laisse les troupes qu'il a amenées; mais se retire, en lui déclarant que les liens de parenté qui l'unissent à la Reine de Majorque, ne lui permettent pas de participer a une semblable expédition. Pierre s'approcha des murs avec son monde, et pénétra par une porte, qui lui fut probablement livrée : les habitants le reçurent comme leur Souverain. Sans perdre du temps, il se rendit maître d'un édifice appelé las casas fuertes del temple, où étaient les trésors de son frère, et les lit porter au château, dont il s'était déjà emparé. Il ne voulut pas voir le Roi de Majorque, qui était malade, se contentant de lui faire dire, par deux Chevaliers, de ne rien craindre, le seul motif de sa conduite étant d'user du droit qu'il avait de se servir de ses forts pour défendre ses États. Jacques, n'ajoutant pas une grande foi aux promesses de s^on frère, profita de la nuit et d'une issue souterraine pour s'enfiiir au château de La Roca , abandonnant sa femme et ses enfants au pouvoir de l'Âragonais. Le lendemain, il y eut un grand tumulte dans la ville , où les partisans du Roi de Majorque avaient répandu la nouvelle de sa mort. Excités par ce faux bruit, les habitants prennent les armes pour monter au château ; les Âragonais courent se réunir autour de leur Roi. Dans la mêlée, les Perpignanais firent prisonniers le Comte de Pallas, avec quelques autres Chevaliers. Pierre s'empressa de faire sortir du château la Reine, ses enfants et les trésors, pour les conduire en lieu de sûreté. Il descendit ensuite dans la ville, afin d'apaiser l'émeute. Il y réussit, et se fit rendre les prisonniers ; mais n'ayant pas assez de troupes pour garder

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Perpignan, il Fabanâonna et rentra en Catatogne, emmenant avec lui ses neveux , le trésor , le Vicomte de Narbonne, et un neveu de l'Archevêque de cette ville, qu'il avait trouvés auprès de son frère. Il chargea le Vicomte de Cardone et le Comte de Pallas de ramener au Roi de Majorque sa femme et sa fille.

Les Croisés ne tardèrent point k entrer en RoussOlon : leur armée, d'après les rapports les plus modérés , était de soixante mille hommes de pied et de douze mille cavaliers. La première colonne, où se trouvaient le Roi de France, ses deux fils et le Légat, passa par Salses; la seconde avait pris le chemin des montagnes. Philippe, laissant ses troupes campées auprès de Perpignan, fut trouver Jacques au château de La Roca : il demanda que la capitale et toutes ses forteresses reçussent garnison française; qu'on lui livrât cent otages, et que les troupes de Majorque se réunissent aux Croisés. Jacques, par crainte ou de bon gré, consentit à tout. Philippe mit cent cinquante fantassins et quarante cavaliers dans le château de La Roca; cinquante hommes de pied et vingt chevaux au fort de La Clusa. Les habitants de Perpignan, d'Ëlne, de Collioure n'étaient pas trop d'avis de recevoir les Français ; mais les premiers, menacéis de voir leurs campagnes ravagées, n'espérant aucun secours du Roi d'Aragon , et n'osant point entreprendre de se défendre seuls contre une aussi puissante armée, consentirent â se soumettre au Roi de France, et â fournir des vivres aux Croisés, â condition qu'ils n'entreraient pas dans la ville. N'ayant plus k s'inquiéter de cette place , les Français s'étendirent dans la plaine du Roussillon , et y commirent tous les excès qu'on pouvait * craindre d'une soldatesque aussi nombreuse que peu disciplinée. Après avoir établi leur quartier-général au Bolo, ils envoyèrent un détachement se saisir du coi de Panissas;

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mais ils y avaient été prévenus parle Roi d'Aragon. N'osant l'attaquer, ils tournèrent leurs efforts contre un ch&tean appartenant k Élisende de Montesquiou, dame d'un rang distingué et attachée au parti aragonais. Ayant échoué devant cette bicoque, les Français se portèrent k grande h&te vers Perpignan, sur le faux bruit que Pierre y marchait, appelé par ses partisans. Philippe, k son arrivée, mande les principaux habitants ; ils se rendent à son invitation, et sont arrêtés comme otages. Les bourgeois, voyant qu'on se dispose à faire entrer des troupes dans la ville, courent aux armes pour s'y opposer. On se bat; les Croisés pénètrent dans un quartier, qu'ils pillent; mais ils y perdent un capitaine et quelques soldats. Cependant, le gros de l'armée étant arrivé, on se soumit: les Français se saisirent des églises, des tours et des principaux, postes. Elne fit plus de résistance : un grand nombre d'habitants de la campagne s'y étaient renfermés et avaient demandé au Roi d'Aragon quelques compagnies de cavalerie pour les aider k se défendre. Raymond Dourg y pénétra, k la faveur de la nuit, avec trente cavaliers; mais craignant d'être livré aux ennemis, k cause de la discorde qui ré- « gnait dans ce ramas confus de gens, dont on ne pouvait rien attendre de bon , il s'évada , abandonnant armes et chevaux. Cependant, la ville se défendit avec opiniâtreté; les Français y entrèrent de vive force , en brûlèrent une partie, et le reste éprouva toutes les horreurs qui suivent un assaut. Les châteaux de Montesquieu et de Castelnou tenaient seuls en Roussillon pour le Roi d'Aragon, qui avait, néanmoins , de nombreux partisans dans le pays. Tandis que les Français étaient occupés au siège d'Elne, quelques habitants de CoUioure le firent avertir, que s'il pouvait se présenter avec assez de troupes pour laisser garnison dans le château, ils le lui livreraient. Cette place passait

pour très forte. Pierre ne pouvant résister à la tentation de s'en rendre maître, partit à cet effet avec cinquante chevaux et mille Almogavares ' ; arriva de nuit k travers les montagnes auprès du château , et demanda k parler au gouverneur Arnaud de Sayas, qu'il croyait être dans ses intérêts; mais celui-ci, fidèle au roi Jacques, et ayant eu quelque vent de la trame, se tenait sur ses gardes. Pierre, qu'il avait feint de ne pas reconnaître, s'étant rapproché du rempart, le Gouverneur ordonna k un arbalétrier de lui tirer dessus. Le Roi s'en aperçut, évita le coup, et fut décharger sa colère sur le port contigu k la ville, brûlant les vaisseaux et les galères qui s'y trouvaient. Cette aventure inspira des craintes au Roi de Majorque pour Collioure, et le décida a s'y rendre. On l'y reçut k condition qu'il ne livrerait pas le ch&teau aux Français. Les Croisés avaient de fréquentes rencontres avec les Aragonais. Le Comte d'Ampurias ayant appris que quinze cents bêtes de somme étaient réunies k CoUioure pour transporter au camp français un convoi arrivé de Harseflle, passa par le col de Banyuls; et, s'étant placé en embuscade avec cinquante cavaliers et cent fantassins, il tomba avec impétuosité sur le convoi, mit en fuite l'escprte, quoique fort supérieure k son détachement, et la poursuivit avec tant d'ardeur qu'il fut pris; mais

1 QuelquM anteors en font nn peuple particulier que les ui» disent chrétien , les antres masulman. Il est pins probable que c'étaient des hommes tirés des provinces montagnenses. Bndurcis à la ftitigne par lenr genre de vie ; rendus insensibles à toutes les intempéries par l'âpreté du climat des montagnes; n'ayant pour chaussure que des abareas (en sparterie); pour vêtement , que des guêtres , des culottes de peau et une veste ; pour armes , qu'une lance et une axcona , javelot semblable an pUvm des Romains . ils étaient plac^ ordinairement dans les forts de la fh>ntière opposée aux Maures . d'oii ils fesaient des courses d'autant plus hardies qu'ils pouvaient passer deux on trots jours sans autre nourriture que celle que la terre leur offrait spontanément. Ces courses leur avaient fait donner, par les Arabes, le nom d' Almogavares . dérivé d'un mot de leur langue qu'on pourrait traduire par celui iVéclaireur. Dans leurs guerres , les rois d'Aragon formaient de ces vieux soldats d'excellents rorps (rinfaulerie légère. C'étaient le.* iniqiiclets de no$ jours.

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