CHAPITRE DIXIÈME
tournois, qu'il fournit le 15 avril 1299 pour un reste des subsides que lui accordait le Roi de France, k raison de la guerre d'Aragon. Au commencement de février 1291, la paix se fit à Tarascon , entre la France et le Pape , d'un côté, et le itoi d'Aragon, de l'autre : celui de Majorque y fut sacrifié, suivant Zurita. Dom Yaissette assure qu'on y stipula la restitution de l'ile ; mais il avoue qu'elle ne fut opérée qu'en 1298. On convint, dans ce traité, qu'Alphonse et Charles-de-Valois se verraient auprès du château de Bellegarde. L'entrevue eut effectivement lieu. Jacques y assista, espérant en tirer quelque avantage; mais on ne décida rien à son sujet, Alphonse ayant déclaré vouloir, auparavant, consulter les Cortés de Catalogne. Des précautions extraordinaires furent prises pour cette entrevue : elles font voir jusqu'à quel point était portée la défiance entre les princes de cette époque. Le 18 juin de cette année, le Roi d'Aragon mourut à Barcelone, ^298. laissant à son frère Jacques tous ses États, dans lesquels il comprit le Royaume de Majorque, avec toutes ses dépendances. Le nouveau Roi se montra plus disposé que son frère à un arrangement avec son oncle. Dès l'an 1298, il consentit à lui rendre les tles Baléares, à condition qu'il tiendrait tous ses Etats sous la dépendance féodale de l'Aragon. Le Pape envoya, pour présider & cette restitution, le cardinal de Saint-Clément. Ce Prélat était aussi chargé de conduire Blanche, fille de Charles, roi de Naples, au Roi d'Aragon , qui devait l'épouser. 11 ne termina point sa mission , étant mort à Perpignan , où il fut inhumé dans l'église des Cordeliers : le Pape nomma pour le remplacer deux Évéques français. Dans les lettres-^patentes adressées par l'Aragonais k son oncle, le 20 juin 1298, il lui promit de faire la restitution le 1^^ août prochain. Elle fut cependant encore différée ; car le Vicomte de Cardoue, lieutenant-
général en Catalogne, chargé de cette commission, ne s'engagea à l'accomplir que pour la Noël. Dans la promesse qu'il en fit, il eut soin de spécifier les restitutions que le Roi de Majorque était tenu de faire. Elles consistaient dans les lieux de Casteinou, Belpuig, Saint-Féliu, Géret , La Bastide , les châteaux de Raymond , Palalda , Fontanilles, Rocaberti, Capraria, Campmaing, Hassanet, Cantallops, La Junquéra, Requesens, Avalri. On voit par Ik que le Roi de Majorque avait pris quelques châteaux en Catalogne ; quant aux terres du Roussillon , elles appartenaient sans doute aux Seigneurs de ce pays, qui avaient suivi le parti du Roi d'Aragon. Les deux Rois s'abouchèrent au château d'Ârgelès , auprès d'Elne , où l'Âragonais était venu voir son oncle. On y renouvela le traité fait a Perpignan en 1279; mais il ftit stipulé dans celui d'Ârgelès qu'on n'appellerait pas au Roi d'Aragon des jugements rendus par celui de Majorque ou par ses Officiers. Tous les Seigneurs qui, dans la dernière guerre, avaient suivi le parti du Roi d'Aragon, furent maintenus dans la possession des terres qu'ils avaient dans le Royaume de Majorque : de ce nombre furent Jazbert et Dalmau de Castelnou, Arnaud de Corsavi, les fils de Bernard Hugues de Cabrentz.
L'invasion des Français en 1285, la longue guerre qui en avait été la suite, les secours en hommes iBt en argent que le Roi de Majorque reçut de la France, avaient introduit en Roussillon une grande quantité de monnaie toulousaine, et rendu celle de Barcelone fort rare. Jacques, sur la demande de ses sujets, ordonna, le jour des calendes d'août 1300, que les dettes contractées avant le l^r novembre précédent, seraient payées à raison de vingttrois sols toulousains pour vingt sols de tern, et que, pour celles contractées doi»uis celle époque, on donnerait vingt-