CHAPITRE DIXIÈME
délivré presque aussitôt par les siens, il réussit à s'emparer d'une grande partie de ce convoi.
On était au mois de juin, et les Français, depuis vingt jours au pied des montagnes, n'étaient pas trop d'accord sur le point où ils tenteraient le passage. Enfin, le Comte d'Armagnac et le Sénéchal de Toulouse , se saisirent du > col de la Massana, que l'on pouvait rendre praticable pour une armée, d'après les renseignements que l'on devait, suivant certains auteurs, k up Français, abbé de Yalbone, monastère situé au pied des Pyrénées, et, suivant d'autres, à Pierre de Santa-Pau ou au Bâtard de Roussillon. Maîtres de ce point important, ils réparèrent les chemins; et l'armée , ayant employé plusieurs jours k franchir les montagnes avec tous ses bagages, fut se poster entre Saint-Pierre de Rhodes et Casteillo d'Âmpurias. Les détails de cette campagne des Croisés en Espagne, sont étrangers à notre histoire. Nous dirons seulement, qu'après s'être emparés de quelques châteaux ; avoir occupé toute la côte jusqu'à Blanes et pris Girone, leur armée se trouva tellement affaiblie par les combats, et surtout par la disette et les maladies, que le roi Philippe, malade lui-même, crut devoir lui faire repasser les Pyrénées, ce qu'il exécuta dans les premiers jours d'octobre. Il vint mourir a Perpignan le 5 de ce mois, suivant l'opinion la plus vrai- 4285. semblable. La garnison, laissée par les Français à Girone, convint de rendre la place dans vingt jours, si elle n'était pas secourue avant ce terme. L'exécution de cette convention ayant eu lieu, les places du Roussillon furent livrées aux Français, pour qu'en défendant ce pays, ils missent le Roi de Majorque k couvert de la colère de son frère. Cette campagne, qui devait écraser ce dernier, ne fit qu'augmenter sa puissance. Non content de résister sur le continent, il avait envoyé son fiU Alphonse attaquer
178 HISTOIRE DU BOUSSILLON.
rile de Majorque, peu affectionnée à son Roi. Les Roussillonnais avec quelques Français qui s'y trouvaient, furent presque les seuls qui voulurent aider le Gouverneur à la défendre. Si l'entrée des Français en Roussillon avait été fîicheuse pour le pays, leur retraite lui fut encore plus &tale, puisqu'il se vit obligé de recueillir dans l'arrièresaison les débris d'une armée entiàrement désorganisée. Les troupes aragonaises eurent aussi beaucoup à souffrir de tous ces maux; le Roi lui-même succomba aux fatigues de cette campagne, a VilIefranche-dels-Panadés , le 10 novembre 1285.: son fils Alphonse lui succéda. 11 était alors occupé k la conquête de l'Ile de Majorque, 4286. dont il ne fut entièrement maître qu'à la fin de l'année. Jacques, voulant profiter des embarras du nouveau Roi, assiège Castelnou et entre en Âmpourdan; mais il est obligé de repasser bientôt les Pyrénées.
Alphonse, ayant rassemblé des troupes k Figuères, séjourna une partie des mois de juin et de juillet sur la frontière, afin de pourvoir a sa défense. Bientôt après, une trêve fut conclue entre les Rois de France et d'Aragon et leurs alliés respectifs. Elle devait commencer le 8 septembre 1286, et durer jusqu'au 29 septembre de l'année suivante. En 1288, Jacques entre dans l'Ampourdan, assiège le château de Cort-Avignon , et se retire à l'approche du Roi d'Aragon. Quelques armements eurent lieu Tannée suivante, tant en Cerdagne qu'en Roussillon ; mais ils restèrent sans autre résultat que la proposition d'un combat singulier, faite par le Roi de Majorque a celui d'Aragon, proposition qui, comme toutes celles de ce genre entre Souverains, n'eut aucune suite. H parait que, durant cette guerre, Jacques reçut du Roi de France des secours d'hommes et d'argent. Ou a trouve une quittance de trente mille livres petits