CHAPITRE DIXIÈME
une rixe , excitée par la jalousie des Génois , coûta trois mille hommes à ces derniers. Peu après ils partent pour la Natolie. Débarqués aux environs de Cyzique, ils battent les Turcs; et en moins de dix-huit mois, les poussent, de victoire en victoire, k plus de deux cents lieues de distance, des rives du Bosphore au mont Taurus.
L'Asie-Mineure revit, k quatorze siècles d'intervalle, flotter les étendards de ces Gaulois-Tectosages , qui portèrent leurs armes victorieuses du pied des Pyrénées au Pont-Euxin.' Maîtres de Byzance, ils fondèrent cent vingtcinq ans avant Jésus-Christ, un État connu sous le nom de Galatie ; et c'est précisément sur ce même théâtre des exploits de leurs ancêtres, que ces indomptables guerriers déployèrent, en 1304, l'impétueuse valeur qui, dans tous les temps, caractérisa cette illustre nation.
La chaîne de Sénéchal, que remplissait Corbaran d'Alet, tué dans un des premiers combats, est donnée à Bérenger de Rocafort, arrivé depuis peu avec deux cents cavaliers et mille Almogavares. Femand Ximenés de Arénos, mécontent de Roger de Flor, le quitte avec ses soldats, et va servir le Duc d'Athènes. Cependant, ces hommes si intrépides, moins propres a gouverner qu'à conquérir des provinces, deviennent odieux aux peuples délivrés, par eux , du joug musulman , et redoutables k l'Empereur, qu'ils ont si glorieusement servi. Bientôt, les habitants de Magnésie, réunis aux Alains, égorgent la faible garnison laissée par Roger dans leur ville pour garder les bagages de l'armée ; ils lui ferment les portes, et repous^ sent ses attaques, lorsqu'il revient pour châtier cette perfidie. D'autre part, Andronic le rappelant en Europe avec ses troupes , sous un faux prétexte, les place à Gallipoli et dans les environs. Lk, peut-être pour affaiblir les Catalans, en leur inspirant de la méfiance contre leurs chefs.
tandis que la solde de l'armée est en retard, il crée leur général César, et confère la dignité de Magaduc à Bérenger d'Entensa, grand Seigneur Catalan, ami de Roger, arrivé depuis peu avec mille Almogav^es et trois cents hommes d'armes. Le nouveau César cherche k calmer les esprits exaspérés par le retard de la solde; l'armée envoie une députation à Andronic pour réclamer ce qui lui est dû. Roger va trouver à Andrinople le jeune Empereur Michel , pour en faire h&ter le paiement , et conférer sur les opérations de la troisième campagne. II y est assassiné avec tous les siens ; et les députés de l'armée , mal reçus d' Andronic, sont massacrés par le peuple , ainsi que l'amiral catalan Daunes, qui se trouvait k Constantinople, chez le père de sa femme, parente de TEmpereur. Les Catalans, soldats ou négociants, répandus dans l'Empire, furent égorgés. A ces nouvelles désastreuses, ceux de Gallipoli , ne pouvant contenir leur fureur, en massacrent les habitants. L'armée grecque, forte de trente mille fantassins et quatorze mille chevaux, s'avançait vers la ville, passant au fil de l'épée tous les Catalans établis aux environs, qui n!avaient pas été assez heureux pour se réfugier dans la place. On apprit, dans ces circonstances critiques , que l'Infant Sancho se trouvait k l'ile de Mételin, avec dix galères siciliennes. On le supplia de venir k Gallipoli, recevoir pour le Roi de Sicile le serment de fidélité des troupes. Il vint , en effet ; et, entraîné par le sentiment national, il promit de protéger ses compatriotes. D'Entensa le pressa de se joindre k lui pour ravager les côtes de l'Empire; mais, considérant que. Général d'un Roi ami d'Andronic, il ne pouvait, sans des ordres formels, coopérer k une pareille expédition, ce prince s'y refusa et partit, au grand mécontentement des Catalans. D'Entensa, après plusieurs courses des plus