‹ Histoire du RoussillonChapitre 93 sur 241 · CHAPITRE DiXIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE DiXIÈMB

heureuses, fiit rencontré par dix-huit galères génoises. Se fiant à la parole de l'Amiral, qui l'invitait à se rendre à son bord, il y fut arrêté, conduit à Trébizonde, et ensuite à Gènes. On attaqua ses troupes, et, après un combat opiniâtre, hommes et vaisseaux, tout fut tué ou pris. Les Catalans renfermés dans Gallipoli n'étaient plus que douze cents fantassins et deux cents cavaliers. Ne voulant devoir leur salut qu'à leurs bras, ils brûlent leurs vaisseaux, commandés par Rocafort; ils repoussent les assiégeants jusqu'à trois journées de la place ; attaquent la nombreuse armée de Michel Palléologue, la défont complètement, et s'emparent des villes de Rodosto et de Pavia. Femand Ximenés d'Ârénos, instruit à Athènes de la f3icheuse situation de ses compatriotes, se dérobe aux pressantes sollicitations du Duc, et vole à leur secours, sur un vaisseau monté de quatre-vingts soldats aguerris. Reçu, comme le méritait son dévoùment, il recrute sa petite troupe de quelques volontaires, court le pays et s'empare du château de Modica, aux portes de Constantinople. Des quatre villes occupées par les Catalans, Gallipoli était la plus sûre. Us y placent les infirmes , les blessés, leurs magasins de vivres, d'armes et d'habillement, sous les ordres de l'historien Muntaner, à la fois commandant militaire et chef de toute l'administration de l'armée. Tandis que celui^i, par sa valeur et ses sages dispositions, fait échouer l'entreprise hardie d'un partisan grec pour s'emparer de la place, Rocafort et d'Arénos traversent rapidement quarante lieues de pays , et vont prendre, sur les bords de la mer Noire, la ville et le port d'Estranara; y brûlent cent trente bâtiments grecs; y recouvrent les quatre galères qu'on leur avait enlevées en massacrant leur amiral Daunes ; les chaînent de leur butin ; les envoient à Gallipoli, en passant à la vue de Constantinople, et reviennent,

par terre, dans leurs places. Le désir de venger la mort de Roger de Flor leur fit entreprendre une expédition bien plus périlleuse. Les Alains et leur général Gircon , principaux auteurs de ce meurtre, avaient obtenu la permission de se retirer chez eux au nombre de neuf mille hommes, dont trois mille de cavalerie, en traversant le mont Hémus (le Balkan). Les Catalans abandonnent leurs places , k l'exception de Gallipoli , où ils envoient les bagages , les femmes et les enfants. Muntaner est chargé de défendre cette ville avec deux cents fantassins et vingt cavaliers. Us traversent soixante-quinze lieues de pays; atteignent les Alains au pied du Balkan, les taillent en pièces dans un combat où leur chef perdit la vie, et reviennent avec un butin immense, à travers une contrée ennemie, où ils ne peuvent se procurer des subsistances qu'à la pointe de l'épée ^ Muntaner, qu'on n'avait pu déterminer à rester qu'en lui représentant l'importance du poste dont la garde lui était confiée, et qu'en lui promettant le quinzième de tout le butin pour lui, et autant pour son monde, eut aus^i une large part de périls et de gloire. Il n'était resté avec lui que cent trente-trois fantassins et sept cavaliers; les autres avaient suivi l'armée, malgré lui, la nuit de son départ. L'Amiral génois , Antoine Spinola , voyaut la faiblesse de cette garnison , promit à Andronic de s'emparer de Gallipoli. Muntaner, ayant répondu avec fermeté à une sommation arrc^ante , Spinola s'approche avec vingt-cinq galères, et met son monde à terre. Le

i Ob pourrait croire , au récit de pareils expiDits» que les Alaim manquaient de courage ou ne saraieut pas se défendre. Un seul fkit sofllra iwur prouver que ce peu^e était teave jusqu'à la férocité. Un des cavaliers qui résistèrent avec le plus d'acharnement , se sauvait ayant sa femme à ses cOlés. Cette femme voyant que son cheval faiblissait, et qu'on allait l'atteindre, pousse un grand cri. Le cavalier se retourne, l'embrasse tendrement, et lui abat la tête d'un seul coup. Combattant ensuite en désespéré, il ne sucr4>mbe qu'après avoir tué l'un des trois assaillants, et fortement bles»é les deux autres. '

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