‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 113 sur 282 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

brave Gouverneur attaque les Génois au débarquement; reçoit cinq blessures; a un cheval tué sous lui, et se retire dans la place, dont il garnit les murs de deux mille femmes, armées de lances, d'épées et de pierres. Les Génois sont repoussés dans deux assauts consécutifs par ces femmes rivalisant d'héroïsme. Muntaner, apercevant du désordre parmi les assaillants , fond sur eux avec ses cent quarante soldats; les pousse jusqu'à la mer, et les force à se rembarquer, après leur avoir fait perdre leur général et la plus grande partie des troupes. La victoire donne toujours des alliés : les Catalans en acquirent parmi les Chrétiens et les Musulmans ; les premiers furent mille cavaliers turcopoles , les seconds une horde de Turcs , comptant deux mille combattants à pied et huit cents à cheval. On accorda , aux uns et aux autres, pour solde , une part dans le butin , égale k la moitié de celle d'un Catalan de même classe, et on leur assura la liberté de revenir chez eux quand ils voudraient. On donna le commandement des Turcopoles à Jean-Pierre de Caldés , chef catalan de la famille noble existant alors k Perpignan. Peu de temps après, on vit arriver à Gallipoli Bérenger d'Entensa, avec cinq cents vieux soldats. Délivré de sa prison de Gènes, par l'intermédiaire du Roi d'Aragon, mais n'ayant pu obtenir de cette République une juste indemnité des pertes qu'elle lui avait occasionnées, ni d'aucun prince des secours pour ses compatriotes en Grèce, d'Entensa avait vendu une partie de ses domaines en Catalogne pour lever les troupes qu'il amenait. Sa naissance ' , ses manières aimables , l'autorité qu'il avait eue autrefois , le zèle qu'il venait de montrer pour ses anciens camarades, lui attiraient des partisans dans l'armée, surtout parmi

1 II était petit-fils île Pierre, comte d'Anipirias, frère d'Alphonse IV , roi d'Aragon.

les Chevaliers ; mais Rocafort avait pour lui la plus grande partie des Almogavares, tous les Turcs et les Turcopoles. D'ailleurs, commandant en chef depuis cinq ans dans des circonstances fort difficiles, ses opérations avaient toujours été couronnées de succès éclatants. Pour prévenir les inconvénients qui devaient naître d'une pareille rivalité, on convint que Rocafort, d'Entensa et d'Arénos seraient reconnus pour chefs, sous lesquels chacun pourrait se ranger à son gré. Rocafort et d'Entensa furent, chacun de son côté, assiéger une place; d'Arénos était à Modica; Muntaner resta à Gallipoli. Sur ces entrefaites, l'Infant Don Ferdinand de Majorque arrive avec quatre galères, envoyé par le Roi de Sicile , pour prendre en son nom le commandement des Catalans. Muntaner, tout dévoué aux princes de cette maison , le reconnut pour Lieutenant-Général du Roi de Sicile, et envoya prévenir les trois chefs. D'Entensa et d'Arénos vinrent sur le champ ; Rocafort prétexta la nécessité de sa présence au siège qu'il avait entrepris, de sorte que l'Infant, accompagné de Muntaner, se rendit auprès de lui. Rocafort lui lit, en apparence, le pins grand accueil , pour plaire aux troupes, charmées de voir l'Infant à l'armée; mais il chercha, par des intrigues secrètes, à faire prendre une détermination, qui, sans avoir l'air d un refus, produisit le même effet. Ses émissaires travaillèrent si bien , que l'armée accepta avec enthousiasme l'Infant pour général , mais sans aucune dépendance du Roi de Sicile. Ferdinand était trop loyal pour accepter une autorité qu'il ne pouvait obtenir sans manquer à ses engagements envers son cousin ; mais espérant ramener les esprits, il suivit l'armée lorsque, épuisée, abandonnant h Thrace, elle se dirigeait vers la Macédoine. Dans cette marche , une rixe , suscitée sans doute par dessein prémédité, entre les troupes de Rocafort et celles d'Entensa,

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