‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 114 sur 282 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

eut les suites les plus funestes. Ce dernier, accourant sans armes pour apaiser le tumulte, fut tué de deux coups de lance par le frère de Rocafort et son oncle Saint- Martin. D'Arénos s'avançait aussi; mais, averti qu'on en voulait k ses jours, il s'entoura de ceux des siens qu'il put réunir, et se retira dans un fort voisin occupé par les Grecs. Il entra ensuite au service de l'Empereur, dont il épousa une parente, et fut fait Magaduc. Il périt, dans cette mêlée, cinq cents fantassins et cent cinquante cavaliers, la plupart, des bandes d'Entensa et d'Arénos. Le carnage aurait été bien plus grand, si l'Infant, au premier avis qui lui parvint , ne fût accouru armé , a la tête du petit nombre de guerriers qu'il avait auprès de lui, pour s'opposer k la furie des Turcs. Rocafort, craignant pour le prince, vint se mettre à ses côtés, et contribua à rétablir l'ordre. Arrivés au lieu où gisait le cadavre d'Entensa, l'Infant donna les témoignages les plus vifs de ses regrets; et, prenant un ton sévère, il dit à Rocafort : « Cet homme a été victime de la plus noire perfidie. » La réponse du Général fut respectueuse : il voulait faire croire qu'Entensa n'avait pas été reconnu. Ne pouvant punir, D. Ferdinand parut se contenter de cette excuse; mais ses quatre galères étant arrivées, il fit assembler le conseil, réitéra ses propositions, et recevant la même réponse , il s'embarqua , et cingla vers l'ile de Tasso , à six milles du camp. Muntaner y arrivait, en même temps, avec la flotte de Gallipoli , chargée des femmes , des enfants et des bagages. Au récit que lui fit l'Infant des scènes horribles dont il venait d'être le témoin, il s'empressa d'acquiescer à l'ordre qu'il lui donna de le suivre; mais il voulut d'abord assurer aux femmes et aux enfants des soldats d'Entensa et d'Arénos, les moyens d'aller où bon leur semblerait, avec leurs biens , et rendre ensuite

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compte de sa commission au conseil. Il snt résister aux sollicitations générales de ses anciens frères d'armes, et se dirigea vers la Sicile avec l'Infant. Il saccage en passant une Ile du duché d'Athènes, pour se venger des habitants qui avaient maltraité et pillé des gens que Ferdinand y avait laissés pour préparer du biscuit. Contre l'avis de Muntaner, ils entrent ensuite dans le port de Négrepont; ils y trouvent dix galères vénitiennes , escortant Cypois , commissaire de Charles-de-Valois ; et, malgré la parole donnée de part et d'autre, ainsi que par les Seigneurs du pays, on les arrête en débarquant; on pille leurs effets; on prend leurs vaisseaux, et Ferdinand est conduit prisonnier à Athènes. Muntaner et un Chevalier aragonais sont livrés aux Catalans, avec lesquels Cypois négociait pour les engager k soutenir les prétentions de Charles-de- Valois à l'Empire d'Orient. A leur arrivée au camp, r Aragonais lut décapité par Tordre de Rocafort; Muntaner, au contraire, fut très bien reçu , car il avait beaucoup d'amis, et les Turcs surtout lui étaient très dévoués. Il repartit chargé de présents, qu'il employa k adoucir la prison de l'Infant, qu'on lui permit de voir. Il rendit compte au Roi de Sicile de tous ces événements, qui se passèrent en 1306. Ferdinand, renvoyé d'abord a Naples auprès du Roi son beau-frère par l'intervention du Roi de France, recouvra entièrement sa liberté l'année suivante , et se rendit par mer à Collioure auprès de sa famille. Les Catalans passèrent au service de Charles-de- Valois , et reconnurent Thibaud de Cypois pour son commissaire. Rocafort, délivré de tout compétiteur, s'abandonna sans frein k tous les vices. Son orgueil, son avidité, lui firent des ennemis parmi ses plus chauds partisans. Cypois, qu'il ne ménageait pas, s'entendit bientôt avec les principaux chefs pour se débarrasser d'un homme qui leur était odieux. Il fil

venir six galères pour assurer sa retraite s'il échouait dans son entreprise. Ayant assemblé un grand conseil, Rocafort s'y rend avec son frère : de tout côté des plaintes s'élèvent contre ce chef, qui y répond avec son arrogance habituelle; la querelle s'échauffe; on se lève, on l'entoure, on se saisit des deux frères , et on les livre k Cypois. Les Turcs et les nombreux amis de Rocafort, inquiets toute la nuit , s'apaisent le lendemain , en apprenant que leur Général n'est pas mort. Cypois, voyant que tout est calme, fait passer de nuit ses prisonniers sur la flotte, décidé k abandonner une armée où il prévoit une affreuse sédition. Elle éclate, en effet, au départ des galères. On se jette sur ceux qu'on regarde comme les auteurs de la catastrophe : quatorze des principaux capitaines, et plu* sieurs de leurs amis furent massacrés. Cypois livra les Rocafort au Roi de Naples , leur ennemi , qui les laissa mourir de faim dans le château d'Averse.

L'armée se trouva ainsi, non-seulement sans chef, mais encore dépourvue d'hommes en état de la commander. On choisit quatre personnes, savoir : deux Chevaliers, un Capitaine et un simple Almogavare, pour la conduire, d'après les avis d'un conseil de douze, toujours permanent. Elle était encore k Cassandria, Yorsque le Duc d'Athènes lui fit proposer d'entrer k son service, offrant six mois de paie d'avance et les mêmes avantages que lui avait faits l'Empereur grec. L'envoyé du Duc chargé de cette négociation, était un Chevalier catalan, né en Roussillon , nommé Deslau par Moncada, et Deslatarà par d'autres auteurs, venu sans doute k Athènes avec d'Arénos, et déjk fixé danscepays. On le chargea de la négociation en sa qualité de compatriote et d'ancien compagnon des Catalans. L'époque de l'entrée de ces derniers au service du Duc, reste fort incertaine. Ils n'avaient point de vaisseaux, et la route

par terre offrait des difficultés jugées insurmontables. Gomme ils ne pouvaient vivre dans un pays ruiné, ils marchèrent, au nombre de huit mille hommes, sur Thés* salonique. Ils trouvèrent cette ville dans un état de défense trop respectable pour l'attaquer ; mais tous les passages pour rentrer dans la Thrace étant occupés et fortifiés par les Grecs, les Catalans se jettent dans des montagnes difficiles, et arrivent, en trois marches forcées, vers l'embouchure du Sala m pria (anciennement le Pénée ). Ils passent l'hiver dans la vallée de Tempe, contrée aussi abondante qu'agréable. Au retour du printemps, ils envahissent la Thessalie dont le prince, employant les prières et l'argent, s'empresse de leur fournir des vivres, et les décide k traverser le pays des Blaques ' pour arriver en Achaïe. Cette marche a travers des montagnes habitées par des peuples fiers ei belliqueux, où l'on fie pouvait faire un pas sans combattre, ne fut pas un des moindres exploits de ces aventuriers. Ils passent, enfin, les fameux défilés des Thermopyles, et viennent s'établir sur les bords du Géphise, qui descend du Mont-Parnasse. Là, ils entrent au service du Duc d'Athènes, qui, par leur secours, triomphe de ses ennemis , et conclut des traités qui lui font recouvrer plu* de trente places. Ce prince paraît d'abord disposé à reconnaître d'aussi grands services , en donnant des établissements à cinq cents d'entr'eux. Les autres.en attendaient autant, ou du moins la paie qui leur était due, lorsqu'ils reçurent l'ordre de vider le pays. Déclarer la guerre au Duc, se saisir de quelques positions importantes, et vivre aux dépens des habitants, fut la réponse de ces guerriers justement irrités. Les cinq cents qui avaient reçu des

l Canton rir l'ancienne Ktolie, situé dans les montagnes au nord de Lépatte, et conÉsaui à la Thessalie, qui avait pris le nom de Klaquie ou Vlakie, de quelques Valaqoet, qui \ ATaient Me" trans|Kirtr$ par di'F Empereur* prer*. (I.AfwiiER, Géographie i'Heroâote.)

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