CHAPITRE DIXIÈME
établissements, y renoncent et veulent partager le sort de leurs camarades. Réunis, ils ne forment en tout, avec les Turcs et les Turcopoles, qu'un corps de trois mille six cents chevaux et quatre mille hommes de pied. Le Duc s'avance avec six mille quatre cents chevaux, dont sept cents chevaliers français, et huit mille fantassins. Comptant principalement sur la cavalerie, il en prend le commandement; mais il s'engage imprudemment dans un terrain inondé, où les chevaux embourbés, livrent sans défense leurs cavaliers aux traits des Almogavares. Les Turcs, craignant une trahison des Chrétiens, ne commencèrent à combattre que lorsqu'ils virent les Catalans ne pas ménager les ennemis. Presque toute cette cavalerie périt, avec le Duc, dans ce marais; deux Chevaliers seuls, Boniface de Vérone, et le Roussillonnais Des la u^ échappèrent à la mort : tout le pays se soumit. Les Catalans épousèrent les veuves, et fondèrent un nouvel État; mais, n'ayant parmi eux personne capable de gouverner, ils offrirent le commandement k Boniface, et, sur son refus, à Deslau, qui épousa la veuve du Seigneur de la Sola, possédant une grande fortune. On proposa aux Turcs et aux Turcopoles de rester; mais ceux-ci préférèrent revenir dans leur patrie , pour y jouir des richesses acquises par tant de travaux et de combats. Ils ne parvinrent ni les uns ni les autres à leur destination : les Turcopoles entrèrent au service du prince des Serviens ; les Turcs voulurent se retirer par le chemin que l'armée avait suivi. Ne pouvant passer en Asie, faute de vaisseaux, ils traitent avec les Grecs pour en obtenir. Trompés par eux, ils ravagent de nouveau la Thrace, et battent Michel Paléologue; mais, enfin, défaits à leur tou», ils se jettent dans un château, sur le bord de la mer, ou ils sont bientôt assiégés par toutes les forces de l'Empire.
Repousses dans deux sorties, ils en tentent une troisième, qui n'a pas plus de succès. Tous sont tués ou pris par les Grecs et les Génois, qui les bloquent du côté de la mer.
Les Catalans, maîtres du Duché d'Athènes depuis l'an 1313, obéirent peu de temps k Roger Deslau, qui mourut ou fut déposé. Ils s'adressèrent au Roi de Sicile pour avoir un chef. Ce prince leur envoya son second fils Mainfroi; et comme ce n'était encore qu'un enfant, il lui adjoignit Rérenger Estanyol , homme d'une grande capacité. Celuici eut soin, pour les gouverner plus facilement, de les occuper à des guerres continuelles. Estanyol et le jeune Mainfroi étant morts, le Roi de Sicile donna aux Catalans Alphonse (probablement son fils naturel). Ils le marierait avec la fille de Boniface de Vérone, qui eut en dot le tiers de l'île de Négrepont et de treize châteaux en terre ferme, tas descendants de ce priqce gouvernèrent pendant près de cent cinquante ans , sous la dépendance, au noios nominale, des Rois de Sicile. En 1389, craignant d'être attaqués par Louis de Navarre, gendre de Charles de Duras , roi de Naples , et ne pouvant espérer aucun se* cours de la Sicile , déchirée par les factions , ils proelamèrent , comme Suzerain , Pierre IV , roi d'Aragon , et implorèrent son assistance. Des troupes et quelques galères leur furent envoyées; mais ces secours n'arrivèrent que lorsque les Catalans et les Aragonais, d'abord battus par Louis de Navarre, eurent réussi à reprendre Athènes et d'autres forteresses, dont ce prince s'était emparé. Pierre ayant consolidé sa puissance, avec l'aide de Jean-Fernandez de Hérédia, grand -maître de Rhodes, établit pour gouverneur le Vicomte de Rocaberti, qui fut confirmé dans le gouvernement d'Athènes et de Patras par Jean Ier, fils et successeur de Pierre IV.
Quelques auteurs ont prétendu que ces aventuriers.
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dont nous avons rapidement esquissé les prodigieux faits d'armes, n'étaient qu'un ramassis de toutes les nations chrétiennes de l'Occident; d'autres en ont fait des Français; mais il est impossible de nier que les sujets des Rois d'Aragon et de Majorque, en formaient l'immense majorité. Le nom de Roger de Flor, leur premier général, est plutôt catalan qu'italien ou allemand. Mais, fût- il, comme on l'a dit, fils d'un Seigneur allemand et d'une demoiselle italienne, qu'importe, il était né à Tarragone le 14 juillet 1262. Après avoir fait ses premières armes en Espagne contre les Maures, il prit l'habit de Templier, et fit sa profession à Barcelone , dans la maison de cet Ordre. Il passa de Ui dans la Terre-Sainte, et y acquit par sa valeur une grande réputation. Ayant sauvé le trésor de l'Ordre, tors de la prise de Saint-Jean-d'Acre par les. Sarrasins, il forma une petite flotte, avec laquelle il ne cessa d'inquiéter les Mahométans ; gagna de grandes richesses, et finit par s'attacher au service de Frédéric d'Aragon, roi de Sicile. Tous ces faits, affirmés par plusieurs historiens, ne sauraient être contestés. On ne puiserait pas de meilleurs arguments dans la dénomination de Latins, sous laquelle ces aventuriers sont désignés par les Grecs, ou dans celle de Francs, qu'ils prirent eux-mêmes à GaUipoli, après l'assassinat de Roger de Flor. On sait que la seconde dénomination est donnée par les Grecs à tous les Chrétiens occidentaux ; et quant à la première, ils la prirent pour intéresser à leur cause tous les Latins répandus dans l'Empire Grec; mais ils combattirent toujours sous les bannières d'Aragon ou de Sicile, et n'adressèrent qu'à l'un de ces Rois, leurs plaintes, leurs demandes de secours ou d'un chef. Bien plus, Muntaner, l'un de leurs principaux officiers, cite, dans l'histoire qu'il a écrite de cette expédition, le nom de quarante d'entr'eux,
les plus distingués par leur naissance, leurs emploi», ieuis services, et tous ces noms trahissent une origine catalane ou aragonaise. Cette troupe, formée à Messine de» seuls étrangers au service de Frédéric, devenus inutiles par h paix , ne pouvait être composée que des sujets des Rois d'Aragon et de Majorque. Les Français et les Italiens, entraînés par l'influence du Roi de France ou du Pape, avaient combattu pour la Maison d'Anjou. Roger de Flor, entré au service de Frédéric, avec une flotte et de grandes richesses, y soutint la réputation qu'il s'était faite en combattant contre les Infidèles. Lié avec les principaux ehefe, surtout avec Bérenger d'Entensa, le plus grand Seigneur des Catalans, il dut k tous ces motifs le commandement qu'on lui déféra sur ces aventuriers , presque tous An» gonais, Valenciens, Catalans, Majorquins, RoussUlonnais. Quant k ces derniers , ils provenaient des soldats de ee pays qui avaient suivi en Sicile , soit l'Infant Ferdinand de Majorque, soit Dalmau de Castelnou, Muntaner cite deux chevaliers du nom de Caldés, et un autre appelé San-Marti. Un document du milieu du xive siècle nous apprend ■ qu'il existait en Roussillon une Camille du poon de San-Marti , k laquelle appartenait le village de Suint* Martin-de-Fenouillet et un autre fief du voisinage. Dans des actes de la fin du xuic siècle et du commencement du \ive, on trouve, à, Perpignan, des Chevaliers du non de Caldés, en latin de Calidis. Zurita parle d'une maison de François de Caldés, existant dans cette ville en 1346. Pour ne pas interrompre la narration des exploits des Catalans en Grèce, nous avons laissé Ferdinand de Majorque en Roussillon. Il n'y resta pas long-temps; car, j:><w. en 1509, il se trouvait au siège d'Alméria, avec Tannée du Roi d'Aragon, et il fut mis par ce prince k la tète du corps chargé de contenir la garnison , pendant que le Roi,