‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 123 sur 282 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

défendu dans ses Étais ce genre de divertissements, tant que durerait la guerre contre F Angleterre; et, aussitôt, par une inconséquence qui donne une pauvre idée de la politique de ce prince, il réclame l'appui du Roi d'Aragon contre le ressentiment du Monarque français. Celui-ci, qui voyait avec plaisir son beau-frère se jeter imprudemment dans des embarras dont il espérait profiter, lui faisait des promesses vagues , et agissait très mollement auprès de Philippe. Pour mieux le tromper, il feignit un projet d'alliance entre l'Angleterre, F Aragon et Majorque contre la France; et dans la conférence qu'il eut avec Jacques à Saint-Salopi, il joua si bien son rôle, que les Seigneurs présents lui offrirent leurs services pour cette guerre. Le Roi de Majorque, qui comptait sur un puissant armement» se disposa à la soutenir, et commença par mettre en état de défense le fort de Salses. C'est ce que manda au Roi de France Girard jde Roussillon, sénéchal de Carcassonne, envoyé à. Perpignan pour découvrir ce qui se passait. Cependant, Philippe , après avoir occupé Montpellier avec ses troupes, les faisait avancer du côté de Saint-Paulde-Fenouillet. Jacques, à cette nouvelle, prévient lé Roi d'Aragon du danger dont le Roussillon est menacé, et se porte vers le Soler et Pézilla. De là, il envoie d'abord Raymond Roch , et puis Raymond de Codai et, réclamer de son Souverain les secours qu'il lui devait d'après les lois féodales. Pierre répondit au premier ambassadeur, que le Roi de Majorque vint le trouver au mois de février. Celui-ci, s'étant excusé sur l'impossibilité de cette démarche dans un pareil moment, le Roi d'Aragon, pressé de s'expliquer, prétendit, d'abord, n'être point tenu à secourir son vassal dans une guerre injuste, entreprise malgré les promesses du Roi de France de terminer le différend par les voies légales ; et, levant enfin le masque,

il ajouta que Jacques contrevenait aux traités en faisant battre, à Perpignan, une monnaie différente de celle de Barcelone. Après avoir amusé quelque temps le dernier envoyé, il somma le Roi de Majorque de comparaître an Certes, dont la réunion devait avoir lieu dans la capitale de la Catalogne. Sentant alors tout le danger de sa posi- 4544. tion, Jacques fut à Paris, vers la fin de 1341, prêter foi et hommage à Philippe. Ce voyage lui valut la remise des terres saisies en France. Mais, tandis qu'il conjurait Forage de ce côté, on procédait contre lui sur le bit de la monnaie , à Barcelone où il ne s'était pas rendu.

Le Concile de Tarragone avait accordé à Pierre des subsides pour faire la guerre aux Maures en faveur de la Castille. L'artificieux Aragonais se servait de cet argent pour de grands armements ; mais il se gardait bien d'agir, alléguant qu'il n'osait rien entreprendre avant de voir les différends des Rois de France et de Majorque terminés. Lorsqu'il fut prêt, il fit citer Jacques, le 27 février 1312, à comparaître à sa Cour, pour répondre aux accusations portées contre lui. Elles consistaient toujours en ce que, contre la teneur des traités , il faisait frapper une monnaie particulière, et en outre de la monnaie de Barcelone à un titre différent de celui prescrit. La sommation eut lieu, à Perpignan, en présence des Vicomtes d'Dle et d'Évol , et de Ponce de Llupia, tous les trois officiers de la maison du Roi de Majorque; de l'inquisiteur Raymond Durfort, et de l'avocat Arnaud-Raymond Muntaner. Jacques n'ayant point comparu , fut déclaré contumace par arrêt du 19 avril. La France aurait dû, par politique, soutenir ce prince infortuné ; mais la guerre contre les Anglais suscitait de grands embarras à Philippe-de-Valois. Pierre sut en profiter pour obtenir de ce prince une défense aux Seigneurs languedociens de prendre les armes

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