CHAPITRE DIXIÈME
en faveur de Jacques , comme ils paraissaient disposés à le faire. Celui-ci , se voyant sans appui , fut forcé de se soumettre ; et muni d'un sauf-conduit par l'entremise du Pape nouvellement élu , il se rendit par mer k Barcelone, avec l'escorte de quatre galères. Suivant sa coutume , il logea au couvent de Saint-François , et fit construire , en bois, une galerie couverte, pour aller de son vaisseau à son logement. Cette précaution, prise pour sa sûreté, fournit à son beau-frère l'occasion de l'accuser de n'être venu que pour lui dresser des embûches, et tâcher de l'enlever. Les détails de cette prétendue conspiration, donnés par le Roi d'Aragon , n'étaient guère propres à y faire croire. En retenant Constance, sa sœur, venue avec son mari, le Roi de Majorque, il fît assez voir qu'il ne mettait ce complot en avant, que pour avoir un prétexte de rompre avec son beau-frère. Celui-ci partit, en se plaignant de la violation du sauf-conduit à l'égard de sa femme, et se retira dans ses États, bien convaincu qu'il ne pourrait plus éviter la guerre. Il ne tarda pas à en éprouver les effets : les troupes aragonaises attaquèrent la forteresse de las Cuevas, k l'entrée de la vallée de Ribas, et s'en emparèrent après un combat très vif. Voulant appuyer la force des -armes par une apparence de légalité, Pierre fit, dès le commencement de l'année 1345, 4345. publier à Barcelone,' la sentence qui confisquait, au profit du Roi d'Aragon, tous les domaines de celui de Majorque, s'il ne comparaissait pas dans le délai d'un an.
On n'en attendit pas l'expiration pour commencer à le dépouiller. Dès le 1er mai de cette année, Pierre avait conclu un traité avec quelques mécontents de l'île de Majorque, se donnant pour les représentants de tout le pays. Fort de cette alliance, il part, le 18 de ce mois, avec une flotte de cent seize vaisseaux; débarque à Péguéra
le 24, et bat les Majorcains, dont la défense est très molle. Jacques, voyant combien peu il doit compter sur ces insulaires, abandonne leur lie, qui ne tarde pas à se soomettre au vainqueur. De retour de son expédition, le 90 juin, le Roi d'Aragon se préparait k attaquer le Roussillon, dont plusieurs Seigneurs , tels qu'Aymar de Mosset et Pieite de Fenouillet, vicomte d'Ole, avaient déjà embrassé son parti. Arrivé k Girone, le 5 juillet, il y trouva un Légat du Pape, venu pour l'exhorter à la paix; mais sourd à ses remontrances, il refusa un sauf-conduit à Jacques, qui voulait venir le trouver. Campé à la Junquëre , le 38, il y reçut un nouveau message de son beau-frère, et une lettre des Consuls de Perpignan , demandant à voir les pièces du procès fait k leur Souverain. Après avoir répondu fort durement aux uns et aux autres, il passa par le col de Panissas, le 29, sans éprouver de résistance, et s'avança jusqu'à SaintrJean-Pla-de-Corts. Un détachement chargé d'attaquer le château de Bellegarde, Ait repoussé; mais ce petit échec ne l'empêcha pas de marcher sur Elne. Le lendemain , la tour de Nidoléras fut enlevée de vive force, et la garnison passée au fil de l'épée. A son arrivée devant Elne, un nouvel envoyé du Roi de Majorque, venu pour réitérer les propositions de ce prince, fut reçu avec la même dureté que le premier. Le 31 juillet, Pierre s'é» tant porté sur le ch&teau de Canet, somma le Vicomte de faire sa soumission; celui-ci obéit de sa personne. Guillaume de Cerfonts et François d'Oms se trouvaient dans cette place, avec quelques troupes de Jacques : ils n'étaient pas disposés à la rendre sans combat ; mais, s'apereevant des dispositions bien différentes des habitants, ils na se crurent pas assez forts, et jugèrent prudent de se retirer à Perpignan. Le lendemain, le Cardinal vint trouver le Roi d'Aragon dans son camp, pour l'engager à un aceonuno-