‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 129 sur 282 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

n'abusèrent pas de leur autorité. Leur résidence presque habituelle au château de Perpignan , fut très avantageuse k cette ville et k la province. La construction des canaux d'irrigation de Finistret, Prades, Mosset, Rivesaltes, Tautavel, etc., prouve assez que, sous le gouvernement des trois Rois de Majorque, pendant une période de soixantehuit ans, l'agriculture fit de notables progrès. On voit aussi, en 1342, de grands travaux entrepris pour remettre ou contenir le Tech dans son Ht, au sud de la ville d'Elne. Le 4 des ides de septembre 1305, Jacques Ier de Majorque, donna, à Perpignan, une ordonnance très sage pour la conservation des forêts du Roussillon et de la Gerdagne, ordonnance qui servit de modèle k celles que ses successeurs firent pour le même objet; Les progrès de l'industrie et du commerce ne furent pas moins sensibles que. ceux de l'agriculture : on comptait k Perpignan, en 1332, trois cent quarante-neuf maîtres fabricants de drap, occupant un ou plusieurs métiers (Bosch). D'autres communes : Thuir, Céret, Millas, Elne, Prats-de-Mollé, Villefranche , Collioure, fabriquaient des étoffes de laine. Nos forges donnaient aussi du fer d'excellente qualité. Les marchandises étaient exportées en différents pays, par mer et par terre. En 1329 , on trouve une commission de cinquante-trois pièces de drap livrées pour être exportées à Constantinople. Les minutes des notaires de cette époque nous offrent une multitude d'actes d'associations commerciales. Tantôt, on s'associe pour une seule expédition; tantôt, on forme une compagnie qui doit durer un temps limité. Quelquefois, l'une des parties contractantes se charge des marchandises ou de l'argent des autres , s'obligeant k aller vendre les premières dans des parages déterminés, ou k employer l'autre dans tel ou tel genre de spéculation, moyennant que le quart du profit fait par ses négociations

lui restera. De cette manière, tout le monde, jusqu'aux Seigneurs de la Cour des Rois de Majorque, prenait une part directe ou indirecte au commerce du pays. A celle époque, les grandes affaires de négoce se concluaient principalement dans les foires. Perpignan en avait deux : la foire du mois d'août et celle du second dimanche de Carême; elles étaient très fréquentées, puisqu'on voit le 7 des calendes d'octobre 1286, louer cent quinxe sols melgoriens , une chambre et un très modeste magasin (un sotul), pour les deux foires de l'année suivante. (Ârch. du Domaine.)

Nous parlerons, dans un autre chapitre, des travaux entrepris par ces princes pour agrandir, fortifier et embellir Perpignan. Les principales sources de leurs revenus étaient leur domaine particulier, les droits d'amortissement, le gain qu'ils faisaient sur la fabrication de la monnaie, dont le poids et le titre devaient être sur le pied de celle de Barcelone, quoique dans les actes de ce temps , les sommes soient son* vent désignées en livres et sols de Melgueil, dont le rapport a la livre et au sol de tern était comme 1 .246 est h 1 .000. On doit encore compter dans le revenu de ces princes : les amendes, les confiscations, les droits imposés sur l'entrée, la sortie ou le transport des marchandises. Les bureaux où on les percevait, appelés Leudes, étaient établis dans les ports de mer et sur les routes. Il y avait des leudes k Collioure, au Bolo, k Estagel, k Salses, k Formiguères, au Vernet, k Taxo-d'Avall , k Perpignan, a Saint -Féliu-d'Avall, k Rivesaltes. Les marchandises qu'il était permis d'exporter du Royaume payaient cinq deniers par livre k l'extrême frontière jusqu'en 1321, où ce droit fut réduit k quatre deniers. On pouvait faire entrer le numéraire en Catalogne par Collioure ou le Bolo, sans y rien payer jusqu'à cent livres de Barcelone; pour

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