CHAPITRE ONZIÈME
les sommes plus fortes, on payait une maille ou demidenier par livre. Jacques~le-Conquérant, par ordonnance du S des nones de mai 4267, avait défendu, sous peine de soixante sols d'amende , de faire sortir par un autre lieu qu'Estagel, où Ton payait la leude, les marchandises destinées k Saint-Paul, Aletr Limoux, etc. Cette ordonnance était encore en vigueur en 4323. Par ordonnance de Jacques I*r de Majorque, les habitants des villages français voisins, pouvaient entrer et sortir par Salses sans payer la leude, pourvu qu'ils ne portassent, dans le premier cas, que du bois, de la chaut ou des vivres* et, dans le second, du jardinage ou des vivres. Pour donner une idée du rapport de ces leudes, nous dirons que celle de Collioure, certainement la plus considérable de toutes, fut affermée, en 1543, pour deux ans-, au prix de cinq mille huit cents livres de Barcelone. On ne garantissait au fermier que les accidents de guerre contre TÀragon et la France, et on se réservait de faire entrer en franchise toutes les marchandises destinées au Roi ou à la Reine, k la cassette de laquelle cette leude était affectée. Sous le règne de ces princes, la justice était rendue par les officiers royaux, gouverneurs, viguiers ou baillis, assistés par des assesseurs pris parmi les gens de loi : dans ces tribunaux, on suivait le plus souvent la coutume de Perpignan. Ces mêmes officiers royaux étaient changés de l'administration, de la police et des finances. Cette période fut, en général, très favorable au développement de la liberté. On voit Jacques Ier, en 1395 et 1394; Sancho, en 1331, accorder des chartes de commune aux villes de Thuir, Collioure, Prats-de-Moll<5 , faveur que Céret avait déjk obtenue de son Seigneur, le Vicomte de Castelnou, en 1383, et que La Roca obtint, vers 1306, du Comte d'Ampurias. Il est probable que plusieurs villages,
où l'on voit des Consuls pour la première fois vers celte époque (Torreilles, Pia, Bompas, etc.) datent leur affranchissement du règne de ces Rois. On trouve aussi plusieurs chartes où ils abolissent certains droits odieux, connus sous le nom de mauvais usages, auxquels étaient soumis quelques-uns de leurs vassaux.
Ces princes entretenaient fort peu de troupes réglées, composées en grande partie d'aventuriers français : outre leur garde particulière, elles fournissaient les garnisons des châteaux dé Perpignan , Collioure, La Roca, et des autres forts. En cas de guerre, tout citoyen était soldat : le Noble combattait à cheval ; le reste marchait sous les ordres des Viguiers et autres officiers royaux. Lorsque le Roi mettait une flotte en mer, les équipages étaient fournis par les vassaux du Vicomte de Canet, et par les habitants de Collioure et d'Argelès. Dépendant directement du Souverain , ils marchaient sous les ordres du Viguier du Roussillon, chargé de leur donner à tous leur ration de pais et d'eau (Rigauo). L'an 1554, la ville de Perpignan arma cinq galères contre les Génois, sous le commandement du Perpignanais Bérenger de Cornella; car on trouve dans les papiers du notaire Imbert, sous la date du 6 des nones de mars 1555, une déclaration des deux Clavaires de Perpignan chargés, en cette qualité, d'examiner les comptes de Jean Mir-Parens, commis par les Consuls pour solder les dépenses de cet armement, fait l'année précédente. Ils, y reconnaissent que le comptable leur a donné m compte fidèle des quatre mille cinq cent soixante-quinze livres, trois sols, trois deniers de tern, qu'il avait reçus à cet effet. Le commandant de ces galères avait été nommé par les Consuls de Perpignan , en vertu de l'ordonnance rendue à Majorque le 7 des calendes de novembre 1352 par le roi Jacques II, à la sollicitation de ces magistrats.