‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 142 sur 282 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

ils décidèrent, à la majorité de six contre trois, que Ferdinand de Castille était le Roi légitime. Deux Catalans, Çagarriga, archevêque de Tarragone, et le fameux jurisconsulte Valséca, avaient donné leur voix au Comte

d'Urgel; le Valencien Bertrand refusa d'émettre un vote, prétextant qu'il n'avait pas eu le temps d'approfondir la question. Elle était certainement difficile a résoudre, dans un pays où aucune loi positive ne réglait la succession à la couronne. La violence des partisans du Comte d'Urgel , le plus proche parent du dernier Roi dans la ligne masculine, lui fit le plus grand tort. Les Français eurent l'air de vouloir soutenir les prétentions du Duc d'Anjou; et le Maréchal de Boucicaut s'adressa au Vicomte d'Ille, l'un des plus puissants Seigneurs du pays, et à Raymond de Çagarriga, gouverneur des Comtés, pour être reçu en Roussillon avec les troupes qu'il commandait. Celui-ci fit part de cette proposition au Parlement de Catalogne, qui pria la Reine de Naples, mère du Duc, de ne point faire avancer des troupes ; donna ordre au Vicomte de Périllos, capitaine-général de la province , de renforcer les garnisons, et de prendre toutes les mesures nécessaires contre une invasion. On fit couper, au pied du château de Perpignan, une olivette, qui aurait pu favoriser une surprise. Ferdinand, plus adroit, mieux servi, se fit demander des troupes par les Etats d'Aragon; en inonda le pays; et l'on ne peut douter que les forces castillanes, son âge, son mérite personnel, n'aient contribué, plus que les raisons déduites par ses Ambassadeurs devant les neuf juges, k faire pencher la balance en faveur de l'Infant de Castille.

Le nouveau Roi, après avoir réduit le Comte d'Urgel, qui ne pouvait se consoler de n'avoir pas obtenu une couronne qu'il regardait comme son patrimoine, écouta

les propositions faites par l'empereur Sigismond, d'unir leurs efforts pour rendre la paix k l'Église ; mais il n'y adhéra qu'avec la ferme résolution de garder tons les ménagements possibles ï* l'égard de Benoit XIII, dont l'intervention active avait tant contribué à son élection. Il fut d'abord convenu que l'Empereur et le Roi se verraient à Nice ; mais, ce dernier ne pouvant entreprendre ce voyage, à cause d'une grave infirmité dont il était affligé, on changea le lieu de l'entrevue, et on convint que Ferdinand se rendrait h Perpignan , et Sigismond à Narbonne. Benoit , de son côté , devait se trouver dans la première de ces deux villes , où le Concile de Constance, qui avait déjà obtenu l'abdication des deux autres Antipapes, lui envoyait des Députés chargés de l'engager à imiter l'exemple de ses compétiteurs. Ferdinand, quoique très souffrant, se mit en route, et débarqua à Col- 4 h 5. lioure, d'où il se rendit à Perpignan le 31 août 1415. Benoit l'y avait précédé. Suivant Zurita, il avait exigé que le Roi, les principaux Seigneurs de la Cour, le Gouverneur du Roussi lion et les Consuls de la ville, lui garantissent qu'il n'y avait rien à craindre pour la sûreté de sa personne; que son habitation ftlt au château, dont la garnison serait formée par des troupes à lui. Bosch ne parle point de toutes ces précautions; fait loger le Pape aux Cordeliers, et place au château le Roi avec son fils1. L'Empereur arrivait presque en même temps à Narbonne, d'où ses Ambassadeurs et ceux du Concile ne tardèrent pas à se rendre à Perpignan. Ces derniers proposèrent à Benoit dé renoncer à sa dignité. Il assura être prêt à le

t M. de Saint-Main non* a Tait connaître une quittant? de quarante-cinq livra» de Barcelone, en date du 7 décembre i 415, pour des réparations an château, que l'étal de la tant* du Roi rendait indispensables. Cette pièce proute que l-erdinand y logeait, et durolp* l^nnît de l'excès de nilllaure que lui impute Zuuta.

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