CHAPITRE DOUZIÈME
faire, si, lors de leur entrevue, l'Empereur et le Roi lui prouvaient que la paix de l'Eglise serait la suite de cette démarche. Le Roi étant toujours fort incommodé, Sigismond vint le trouver à Perpignan, le 19 septembre. Il y fut reçu avec toute la pompe et la magnificence que cette ville pouvait étaler dans ce siècle, pour la réception d'un aussi grand Souverain, venu de si loin pour un objet intéressant toute la chrétienté. Outre le Pape, l'Empereur et le Roi , la capitale du Roussillon renfermait alors dans ses murs, les Ambassadeurs de France, de Castille, de Navarre, et une multitude de Seigneurs aragonais ou étrangers. Quoique l'Empereur ne reconnût pas Benoit pour Pape, il lui fit la première visite, et ne se rendit chez le Roi qu'en sortant de chez lui. Benoit évita toujours de répondre d'une manière précise. Sigismond, peu satisfait, serait reparti sur-le-champ pour Constance, déterminé à employer, pour éteindre le schisme, tous les moyens possibles, si Ferdinand n'eût réussi, à force de sollicitations, à le retenir jusqu'au 7 novembre. Il partit, ce jonr-là, très mécontent du peu de succès de son voyage. Il s'arrêta cependant à Narbonne, à la prière du Roi, pour attendre la réponse de Benoit aux trois sommations de se démettre, qu'on était convenu de lui Caire. Celui-ci, pour les éviter, partit de Perpignan , sous prétexte qu'il n'y était pas en sûreté, et s'enfuit à Peniscola, où il convoqua tous les Prélats de son obédience. Les sommations lui furent faites; sa réponse k la troisième arriva le 21 décembre à Perpignan : comme c'était un refus d'adhérer aux propositions du Concile , le Roi et tous les Princes qui l'avaient reconnu jusqu'alors, n'hésitèrent plus à l'abandonner. Saint Vincent-Ferrier contribua beaucoup, par ses conseils, k les affermir dans cette résolution. Ferdinand était fort malade lorsqu'il prit ce parti ; il avait (ait son testament à Perpi-
gnan, dès le 10 octobre 1415 : il mourut à Igualada, le 2 avril de Tannée suivante.
Son fils aine, Alphonse V, lui succéda. 11 parut d'abord vouloir forcer l'Antipape Benoît, résidant à Peniscola , à abdiquer; car, dans une ordonnance publiée en septembre 1418, il ordonne à tous ses sujets de sortir de cette ville, sous peine de la confiscation de leurs biens; il défend d'y porter des vivres ou des marchandises, et même d'en approcher plus près qu'à dix milles par mer, qu'à une lieue par terre; les navires, les voitures, les bètes de somme, pris en contravention, devaient être saisis avec leurs charges. Il se relâcha dans la suite, et 4424. même, Benoit étant mort en 1424, il contribua à lui faire élire un successeur, afin de contenir, par la crainte d'un compétiteur , le Pape Martin , qui , au sujet des affaires de Naples, s'était ligué contre lui avec le Duc de Milan. Ce dernier fit sortir cette année du port de Gènes, dont il était maitre , une nombreuse flotte , qui , après avoir agi contre les Ara go nais dans le Royaume de Naples, inspira à son retour quelques craintes pour les côtes de Catalogne, et surtout pour Colliourc. On y fit de grands préparatifs de défense : cent hommes de la milice perpignanaise, avec un des Consuls, y restèrent quelque temps. La ville de Perpignan paya le tiers des frais de l'expédition. Quoique occupé constamment par ses guerres de Corse, de Sardaigne, de Castille et de Naples, Alphonse ne manqua pas d'envoyer des secours à Charles VIL Nos archives font foi, qu'en 1426, Bernard Albert, leva en Roussillon , dont il était Gouverneur, un- corps de gens d'armes, avec lequel il était entré, avant le 22 août, en Languedoc, pour y soutenir l'armée royaliste contre les Anglais ; qu'il était avec cette troupe, à Tours, en décembre 1426, et à Melun en février 1127. On \ voit aussi