CHAPITRE DOUZIÈME
lances promises, faisait marcher une armée de vingt-deux mille hommes, dont cinq mille chevaux, commandés par le Comte de Foix, ayant sous ses ordres deux Maréchaux de France. Elle arriva devant Salses le 9 juillet1. Cette mauvaise place, après s'être défendue jusqu'au 12, capitula. Les Français paraissent alors avoir marché sur deux colonnes : la première, allant traverser la Tet auprès du Soler, soumit en passant Rivesaltes et Baixas, et se dirigea vers le château de Perpignan ; la seconde colonne, prenant son chemin le long de la côte, enleva tous les blés de la plaine de la Salanque, qu'elle trouva déserte, et les fit porter sur bateaux à Leucate. Elle attaqua et prit Canet, et poussa vers Collioure. Les habitants des villages sans défense, s'étaient réfugiés, d'un côté, vers Pézilla, Corneilla et surtout vers Millas, où le Comte de Périllos, qui en était Seigneur, avait songé, dès le i 2 j uillet , à préparer tous les moyens d'opposer une vive résistance. Perpignan et Canet reçurent , d'un autre côté , ceux qui s'étaient retirés de la Salanque. Charles et Bérenger d'Oms, commandants pour le Roi d'Aragon dans les châteaux de Perpignan et de Collioure, en avaient, d'après ses ordres*,
i Cette date est constatée par deux témoins locaux et contemporains. Antérieure de trois mois à celle donnée par Dom Vaissetle , elle peut seule s'accorder avec celle des événements suivants.
2 Le traité de Saragosse ne dit point que le roi Jean fut obligé de livrer ces deux forteresses a Louis XI; mais les premières notions de l'art de la guerre ne permettaient point & une armée, venant au secours du Roi d'Aragon , de s'engager dans un pays étranger, sans s'être assurée de quelques places pour appuyer ses opérations. L'entrée dans ces deux forteresses dut être le sujet de quelque convention particulière entre les deux Rois. Les généraux français , à leur entrée en Roussillon , faisaient prêter au Roi d'Aragon serment de fidélité par les habitants des lieux où ils entraient de gré ou de force. Lorsque Jean leur eut lait livrer les châteaux de Perpignan et de Collioure, il ne fut plus question du Roi d'Aragon : on exigea le serment pour le Roi de France, même dans les lieux où il avait d'abord été prêté au premier. Ces faits, consignés dans nos archives (Cart. Routiill.), prouvent que Louis XI. une fois établi solidement dans les Comtés , donna au traita de Saragosse une interprétation ■|iir> la lettre de «elle convention ne remportait pas.
ouvert les portes aux Français. La première colonne attaqua, le 22 juillet, le Bolo, et s'en étant emparée, après un combat des plus sanglants, elle le livra au pillage. Les deux colonnes s'étant réunies, marchèrent sur le Perthus le 28 juillet, et y culbutèrent le jeune Comte de Rocaberti , qui avait osé les attendre avec des forces très inférieures. Ces succès intimident les rebelles : Figuères rentre sous l'obéissance du roi Jean; le Comte de Pallas se retire sous Hostalrich ; les habitants de Girone implorent la clémence de la Reine ; le Comte de Foix n'arrive que le lendemain de leur soumission. Jean, ayant, de son côté, remporté de grands avantages, cède bien malgré lui aux instances des Français, et se joint à eux pour bloquer Barcelone. Obligés d'abandonner cette entreprise, ils se séparent; et tandis que le Roi prend Tarragone, les Français se jettent dans l'Urgel.
Leur armée, qui n'avait pas ménagé son propre pays, exerça d'horribles ravages dans la plaine du Roussillon; elle imposa des contributions partout où on la reçut , de gré ou par composition. Les villages abandonnés furent pillés et souvent incendiés . Quant à ceux qui ne s'étaient pas trouvés sur son passage, tels que Millas et Céret, elle en exigea peu après de si fortes sommes (vingt mille livres de tern), que Louis XI, lui-même, reconnaissant l'impossibilité de les percevoir, leur fit remise de ce qui était dû, par une ordonnance datée de Saint -Orner, le 21 iîC3. avril 1165.