‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 145 sur 282 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

continuelles, que le père réussit toujours à comprimer. Don Carlos, arrêté le 2 décembre 1460, est relâché peu après, par la crainte des Catalans, dont il était l'idole: il meurt le 23 septembre 1 461 . Attribuée au poison , sa mort anime les peuples contre le Roi. Louis XI , pour se faire des partisans, affecte un grand regret de la perte du fils, et ses agents ne négligent rien pour indisposer les Catalans contre le père ; mais , voyant qu'il ne peut rien sur un peuple auquel il n'inspire aucune confiance, il ne se montre pas éloigné de se lier avec le Roi d'Aragon. Celui-ci, de son coté, craignant la protection du Roi de France pour des sujets dont il prévoyait la révolte, lui avait envoyé Charles d'Oms, l'un des principaux gentilshommes du Roussillon. Les deux Souverains étant dans ces dispositions, le Comte de Foix, gendre de l'un, et allié a l'autre par son frère, n'eut pas grand'peine à les décider à une entrevue. Louis se rendit à Sauveterre, dans le Béarn, et Jean a Sainte-Pélagie, dans le territoire de Mauléon-de-Soule, en Navarre. L'entrevue eut lieu, le 5 mai 1462, dans un champ auprès de Sauveterre. Il en 4462, résulta le fameux traité conclu à Saragosse, dont on peut voir le texte dans Comines : la rédaction pourrait en être moins prolixe, et surtout plus claire. Il ressort de l'esprit du traité, que Louis s'engage, pour deux cent mille écus d'or, à fournir et solder quatre cents lances, qui resteront au service de Jean jusqu'à l'entière soumission des Catalans; et que, pour cent mille écus de plus, le Roi de France fournira et soldera sept cents lances, pour servir le roi Jean, pendant les guerres qu'il pourrait avoir à soutenir dans les Royaumes d'Aragon ou de Valence. Jean, de son côté, engage, pour le paiement de cette dette de deux à trois cent mille écus : 1° en général, les revenus, entrées, émoluments, droits de tous ses Royaumes, tous

ses biens mobiliers et immobiliers; 2° eu particulier, les revenus des Comtés de Cerdagne et de Roussillon. Il . s'oblige à acquitter cette dette en deux ou trois paiements de cent mille écus chacun , dont le premier aura lieu un an après la soumission de la Catalogne; le second un an après le premier, et le troisième, s'il y a lieu, un an après le second. Jusqu'à l'entier paiement, le Roi de France recevra, par les mains de Charles d'Oms, procureurroyal de ces Comtés, ou par celles de ses successeurs dans cet emploi, le produit net des revenus de ces Comtés, toutes charges ordinaires déduites : ces sommes ne compteront point en déduction du capital. Les Procureurs-Royaux consentiront uue obligation, en bonne et due forme, d'effectuer ces versements entre les mains des délégués du Roi de France ; cinq des principaux Seigneurs aragonais cautionneront, sur leurs biens, la gestion des Procureurs-Royaux. Quelques jours avant l'entrevue de Sauveterre, Jean, qui amenait sa fille Blanche, héritière de la Navarre, sous le prétexte de la marier avec le Duc de Berry, l'avait remise au Comte de Foix, qui l'enferma dans le château d'Or thés, où elle périt misérablement. Cet acte barbare aigrit encore les esprits contre ce mauvais père, et augmente le nombre et l'audace des mécontents. Ils courent aux armes ; et, dès la lin de mai 1 462, une armée sortie de Barcelone, sous les ordres du Comte de Pallas, marche vers Girone , où se sont retirés la Reine et l'Infant Don Ferdinand. La ville est prise d'assaut; la Reine et son tils se réfugient dans l'ancienne forteresse, appelée Gironelle, dont le siège est poussé avec vigueur. Le Roi, malgré tous ses efforts, ne peut réunir les forces nécessaires pour voler au secours de sa famille. Mais Louis XI, qui songeait bien moins à secourir son nouvel allié , qu'a se rendre maitiv chez lui, non conteul d'envoyer les sept cents

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