‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 148 sur 282 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

prouvé que la ville de Perpignan était, à cette époque, très commerçante et manufacturière; qu'elle expédiait, tous les ans, de la plage de Canet, et surtout du port de Collioure, un grand nombre de navires, de noms et de dimensions bien différents, et dont le port s'élevait quelquefois jusqu'à trois cent soixante-quinze, et même cinq cents tonneaux : les plus forts n'entraient qu'à Port- Vendres. La destination de ces navires était : les côtes d'Espagne, de France, d'Italie, de Barbarie, de Romanie; les iles de Sardaigne, de Sicile, de Chypre, de Rhodes; les ports d'Alexandrie, de Baïrout et même ceux de Flandres. Leur chargement, au départ, consistait généralement en draps fabriqués dans le pays, en huile, fer, vin, orge, froment, en miel, riz, bestiaux, amandes, raisins secs, sel, noisettes et peaux. Ils rapportaient, au retour, du sucre, du poivre, des épiceries, du coton, de l'or, de l'argent, des esclaves, du pastel, de la garance, quoiqu'on cultivât ces plantes dans le pays ; mais elles étaient si nécessaires, pour alimenter les nombreuses teintureries de Perpignan , que l'on voit plusieurs fois les Consuls de cette ville faire des achats de pastel pour le besoin et l'utilité de leur commune. On trouve qu'en 1565, ils le payèrent dix livres dix sols de tern la charge, composée de trois quintaux de cent livres. Ces démarches n'étaient pas les seules que fissent les administrations municipales dans l'intérêt du commerce et des manufactures. Tantôt, les Consuls de Perpignan obtiennent du Pape un induit, pour que leurs négociants puissent envoyer un navire chargé à Alexandrie ; tantôt, ceux de Prats-de-Mollô achettent de la laine pour donner du travail à leurs manufacturiers. Aussi, voyait-on des fabricants ou des paraires à Prats-de- Mollô, à Céret, à Elne, à Thuir, à Millas, à Villefranche , à Ille, à Arles, etc. Ils étaient surtout nombreux à Perpi-

qucs-uns de ces droits odieux, qui, sous le nom de malus os, furent dans le xvc siècle, en Catalogne, une source continuelle de guerres entre les Seigneurs et leurs vassaux. En Roussillon, nous voyons souvent un vassal abandonner son Seigneur, en lui délaissant la terre dont il ne veut plus remplir les obligations; s'attacher à un autre, lui prêter serment de le servir fidèlement, recevoir celui d'être défendu comme doit le faire un bon Seigneur, se déclarer son homo proprius et solidus. Pour bien déterminer ce qu'on entendait par cette expression, nous croyons devoir citer un exemple des actes nombreux où elle est employée.

Le 13 mai 1576, Pierre Mancipii, cordonnier, qui avait autrefois quitté, avec son père, l'habitation de Bonpas pour celle de Perpignan , et s'était fait homo proprius H solidus du Roi , veut rentrer a Bonpas et redevenir homo proprius et solidus du Prieur de Bajoles. 11 se présente, à cet effet, devant le Consul de Bonpas, qui le reçoit, par acte notarié , ne lui imposant d'autre condition que de ne pouvoir d'un an quitter Bonpas pour se faire homo proprius et solidus d'un autre Seigneur; de marcher à la guerre sous sa bannière; de payer les fouages et autres subsides royaux; de contribuer, comme les autres habitants, k l'entretien des chemins, des murs, des fossés, de l'église et de la Basse de Bonpas.

Tandis que le peuple roussillonnais marchait ainsi vers son affranchissement général, on est étonné de trouver dans ce pays un nombre considérable d'esclaves étrangers. Les guerres continuelles des Rois d'Aragon avec les Maures d'Espagne, dans lesquelles les prisonniers, de part et d'autre, étaient réduits en esclavage, auraientelles familiarisé leurs sujets avec cette odieuse coutume? La dénomination île serrus et raptivus, donnée a quelques-

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