CHAPITRE PREMIER
cription d'Aviénus s'accorde assez avec l'état actuel des lieux, si Ton prend en considération les changements qu'ils ont nécessairement éprouvés dans un intervalle de plus de vingt siècles; car, d'un côté, les débordements multipliés de la Tet doivent avoir recouvert d'une couche épaisse de limon , et rendu fertile la plaine sablonneuse qu'elle traversait; de l'autre, les marais, cédant à l'industrie de l'homme, peuvent avoir diminué au point que le Sordus, qui paraissait en sortir, fût la Gly, dont l'embouchure n'est qu'à 3.000 mètres de l'étang de Salses. Quoi qu'il en soit, les Sardones de Mêla et de Pline paraissent tirer leur origine des Sordi d'Aviénus, et non d'une colonie venue de Sardaigne, colonie dont l'existence n'est appuyée que sur l'assertion d'un auteur moderne. On demandera peut-être d'oir venaient ces Sordi. En l'absence de tout document historique, il est plus prudent d'avouer son ignorance que d'avoir recours à des conjectures hasardées. Nous dirons cependant que Scymnus de Chio place les Lygiens ou Ligures sur la côte orientale des Gaules voisine de l'Ibérie, et que, plusieurs siècles avant lui , Scylax avait donné la population de cette côte , depuis Emporium jusqu'au Rhône , pour un mélange d'Ibériens et de Lyges ou Ligures. Mais ce dernier nom est-il celui d'une nation particulière, ou bien est-ce ici une dénomination générale donnée à des peuples différents, à raison d'une situation commune à tous? Il est bien difficile de ne pas adopter cette dernière opinion, lorsqu'on voit dans les divers auteurs, des Lygiens ou Ligures, depuis le Xucar jusqu'au-delà de Gènes; surtout si, comme on le prétend, le mot Ligures est composé des deux racines celtiques Ly et Gures, qui , dans cette langue, signifient habitants de la côte. Plusieurs auteurs se fondant sur le 200e vers de Scvm-
4 HISTOIRE DU KOLSSILLON.
nus de Chio, et sur un fragment de Dion Cassius, cité par Zonaras et par le Scholiaste de Lycophron, ont voulu placer en Roussillon les Bébryces, peuple d'origine ibère1; mais on peut seulement inférer du vers de Scymnus, qu'ils étaient établis dans la Gaule Narbonnaise. Quant au passage de Dion , cité par le Scholiaste , il en résulterait que ce peuple habitait entre les Pyrénées et les monts Auvarauniens : à la vérité , ces derniers étant un peu trop éloignés, on leur a substitué les monts Cérétains, qui, faisant eux-mêmes partie des Pyrénées, ne peuvent convenir. M. Letronne propose les Cévennes : cette correction faisant accorder Scymnus et Dion, est fort heureuse ; mais elle n'impose pas l'obligation de placer les Bébryces dans la contrée formant aujourd'hui le département, entièrement occupée par les Sardones et les Consuarani de Pline, et par les Ceretani de Ptolémée*. Aviénus ne fait aucune mention d'IUibéris ni de Ruscino. Ce qu'il dit de l'état du pays démontre assez que ces villes n'existaient pas à l'époque dont il parle; mais comme elles avaient une certaine importance lors du passage d'Annibal , on peut supposer leur fondation antérieure de deux à trois siècles à ce grand événement.
Dans un ouvrage intitulé Index Comilum Ruscinoncnsium, on attribue à Ruscino une origine punique, sur le seul fondement que ce nom, porté par une ville d'Afrique5, appartient à la langue phénicienne, dans laquelle il signifie chef. La découverte de médailles puniques, quoique très rares dans ce pays, prêterait quelque appui
1 Silius Italicus parait aussi aroir embrasa cette opinion; niais l'autorité Je re poète ne saurait contrebalancer, sur un point de géographie, celle de Pomponius Mêla et de Pline l'Ancien , dont il était à peu près contemporain.
2 Journal det Savant*, de février 4829, p. 142.
3 Hufitada, maintenant Stora. sur la cote nord de l'Algérie.