‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 151 sur 282 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

dispositions nécessaires pour y déposer des munitions de toute espèce ; dans le cas contraire, ils dirigeaient les habitants sur les lieux les plus importants à défendre. Lorsque la guerre, comme celle de Sicile ou de Sardaigne, n'intéressait pas spécialement le pays , le Roi nommait des Capitaines, avec la commission d'enrôler des soldats, ce qu'ils faisaient connaître par des publications à son de trompe. Les enrôlements étaient reçus par acte devant notaire , où Ton spécifiait la durée du service, ordinairement de quelques mois, la solde convenue, le genre de service exigé, l'obligation , pour l'enrôlé , de fournir un homme propre au service, dans le cas où il ne pourrait marcher en personne à l'époque du départ. Le Roi promettait toujours aux enrôlés, sûreté pour leurs personnes et pour leurs biens, et quelquefois rémission des peines qu'ils pourraient avoir encourues pour quelques méfaits antérieurs. Tous les villages, à cette époque, étaient entourés de murs, ou avaient au moins une forteresse communale ou un château seigneurial, auprès duquel les habitants pouvaient se réfugier. Perpignan, entouré d'un mur défendu par des tours, dont les principales étaient placées à droite et à gauche de la porte Notre-Dame, était la première place du pays. 11 était gardé par ses nombreux habitants, pourvus d'armes et de machines de guerre. Le Roi entretenait un Châtelain et une garnison constante de trente hommes, qu'on augmentait au besoin, dans l'ancien château des Rois de Majorque, qui servait de citadelle à la ville. Il entretenait de plus, dans les châteaux suivants, un Châtelain et une garnison de : six hommes, pour Collioure, Opol, Livia; de cinq hommes, à Forsa-Rea| et Quérol; de trois, à Puyvalador; de deux, aux châteaux de Tautavel, de Rodés, de Belvèses, de Castelnou, de Corsa vi, de Bellegarde, de Montesquiu; d'un homme et

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un chien, à la tour de Taulavel. Ge dernier auxiliaire était également attaché aux garnisons d'Opol et de Forsa-Real. La garde de ces forts, et de quelques autres moins importants , coûtait au Roi mille huit cent vingt-trois livres de tern par an. L'ordonnance de Pierre IV, du 8 des ides de mai 1546 * , dont nous tirons ces détails, ne parle point du château de Salses, qui existait déjà, et figura panai nos places fortes dès les premières années du XVe siède. Il est probable qu'on abandonna la plupart des forts dont il est ici question, lorsque l'extinction de la Maison de Majorque eut consolidé l'usurpation de Pierre IV.

Les Rois d'Aragon, comme nous venons de le voir, ne faisaient pas de grands frais pour défendre le Roussillon contre les invasions étrangères. Cependant, ni le Prince de Majorque, ni les compagnies de Routiers, si fatales au Midi de la France, ne purent s'établir dans ce pays; Duguesclin lui-même, se fit un devoir de respecter sa neutralité : on peut dire qu'il ne fut défendu que par le courage et le patriotisme des habitants. Ces belles qualités, ayant leur origine dans une certaine exaltation des esprits, on ne doit pas s'étonner de trouver ces mêmes hommes inquiets et turbulents dans la paix. Aussi , nos archives nous montrent-elles une multitude de querelles entre particuliers , qui dégénéraient trop souvent en guerres privées. Mais, pour mieux faire connaître ce genre de désordres, remontons à leur source. Lors de la décadence de l'Empire de Charlemagne, les Seigneurs de la Marche d'Espagne et du Roussillon s'arrogèrent le droit de poursuivre, a main armée, la réparation des torts qu'ils prétendaient avoir soufferts. Dans la suite, les hommes libres, assez nombreux, voulurent imiter les Seigneurs;

1 Histoire du lloussUlun, par M. Hrm\y.

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