CHAPITRE PREMIER
imminent n'abat point le courage des Sardanes et de leurs confédérés ; ils prennent le parti le plus hardi, qui, dans les situations critiques, est souvent le plus sage: ils marchent en armes au-devant des Carthaginois, et se postent auprès de Ruscino. Ânnibal ayant passé les Pyrénées vint camper aux environs d'IUibéris, vers le milieu de l'été de l'an 536 de Rome. Pressé de fran- 2i7tT.j.-c chir les Alpes avant la mauvaise saison , et craignant bien moins la guerre avec ces petits peuples, que d'être retardé dans sa marche, il envoya proposer une entrevue a leurs chefs, offrant de se rapprocher de Ruscino, s'ils n'aimaient pas mieux eux-mêmes s'avancer vers Ulibéris. Ceux-ci choisissent ce dernier parti, et viennent trouver dans son camp le général africain. Gagnés par ses promesses et ses présents, ils laissent passer librement son armée le long des murs de Ruscino. Délivrés de ces hôtes dangereux, les Sardones vécurent en paix, oubliés par les deux nations belligérantes, tout le temps que dura la seconde guerre punique. Pourquoi les Gaulois, attendent-ils Annibal à Ruscino et non k Ulibéris? Cette dernière position n'était pas plus hasardée que la première; elle leur procurait le moyen de s'assurer de ses dispositions avant le déploiement de son armée dans la plaine, et leur offrait l'avantage de couvrir une ville considérable, dont ils auraient pu tirer de grandes ressources , qu'ils abandonnaient aux Carthaginois. Cette conduite, dont il ne serait pas facile de deviner les motifs, en supposant Ulibéris une ville gauloise, s'expliquerait aisément, si cette ville était habitée par les Ibères ; car alors, étrangère à la confédération des Tectosages , elle pouvait avoir fait un traité particulier, et ne leur inspirer ni l'intérêt ni la confiance, qu'ils devaient avoir en Ruscino.
Une des conditions du traité qui termina la seconde
8 • HISTOIRE DU ROISSILLON.
guerre punique, fut que les Carthaginois abandonneraient l'Espagne aux Romains. Les guerres que ces derniers y firent pour en achever la conquête ; celles qu'ils entreprirent contre les Liguriens et quelques autres peuples de ' la Gaule-Cisalpine; l'étroite alliance qu'ils contractèrent avec les Marseillais et les autres villes grecques situées sur la côte, depuis les Alpes jusqu'à l'Ébre, furent comme des opérations préliminaires à la conquête de la Narbonnaise. Us ne passèrent point le Rhône avant l'an 655 i a?. J.-c. de Rome; mais il parait que trois ans après, tout le pays jusqu'aux Pyrénées leur était soumis. Pour s'en assurer la possession, ils envoyèrent en l'an 656, une colonie à Narbonne. Avant cette époque, deux nations puissantes, les Bituriges et les Arvernes avaient été successivement à la tête d'une confédération de tous les peuples compris entre le Rhône, la Méditerranée, les Pyrénées et l'Océan. Ce que Polybe dit de la route d'Empurias au Rhône; ce qu'Athénée nous raconte, d'après Possidonius, du faste et des richesses d'Aouernios, roi des Arvernes, nous prouvent la civilisation avancée de cette partie des Gaules. On ne voit pas qu'après la défaite de Bituitus, fils d'Aouernios, par le consul Domitius, l'an de Rome 655, les armées romaines aient éprouvé la grande résistance à laquelle on devait s'attendre de ces peuples réunis. Du reste, leurs historiens ne nous ont laissé aucun détail sur les opérations de la guerre qui eurent pour résultat la conquête de ce pays.
Avant l'établissement de la colonie de Narbonne , les armées romaines s'étaient montrées une seule fois en Roussi lion. Caton l'Ancien, parti du port de Luna, l'an de Rome 559, donna le Portus Pyrenœi pour point de ralliement a ses vaisseaux, et en sortit avec sa flotte pour aller chasser les Espagnols de Rodon (Roses), dont