‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 170 sur 282 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

les Français ne furent pas assez forts pour comprimer l'esprit public, toute la population se leva en faveur du Roi d'Aragon, et reçut ses soldats comme des libérateurs : Perpignan même réussit à secouer le joug en 1473. Il faudrait être totalement insensible aux nobles impulsions du sentiment national, pour prétendre qu'un peuple victime d'un véritable guet-à-pens (quel autre nom peut-on donner à la conquête de ce pays par Louis XI ? ) n'a pas le droit de s'unir à l'armée de sa nation venant le délivrer de l'oppression étrangère. Osera-t-on donner aux Roussillonnais le nom de rebelles à un Roi, dont les droits n'étaient dus qu'à la force et surtout à la perfidie? Mais, dira-t-on , la position de Bernard d'Oms était bien différente : après avoir été Sénéchal de Beaucaire, il l'était de Perpignan au moment de l'entrée des Aragonais. S'il avait occupé la première de ces places, il eût dépendu du Roi de France par sa charge, de celui d'Aragon par sa naissance et ses fiefs. D'après les lois féodales encore alors en vigueur, il pouvait combattre pour l'un des deux Rois, en remettant à l'autre sa charge ou ses fiefs. N'étant plus Sénéchal de Beaucaire, mais de Perpignan, il se trouvait dans un cas plus favorable ; car, si Louis prétendait lui* avoir donné cet emploi, D. Bernard pouvait, avec bien plus de raison , prétendre ne l'avoir reçu que du Lieutenant-Général du Roi d'Aragon (voir plus haut), et, par conséquent, ne devoir fidélité qu'à ce dernier. Jean, souverain légitime aux yeux des Roussillonnais, avait droit d'exiger ses services ; il les réclama en entrant dans le Comté : que devait faire D. Bernard? Disons-le hardiment : il se devait à sa patrie et à son Roi ; et s'il ne prit pas le parti le plus sûr, puisque ce n'était pas celui du plus fort, assurément c'était le seul convenable à un homme d'honneur, à un bon citoyen, et sa conduite

aurait dû lui attirer l'estime , au moins l'indulgence d'un vainqueur généreux. Sa condamnation fut d'autant plus inique, que, par l'article douze du traité fait à Perpignan le 16 septembre, ratifié par Louis le 10 novembre 1473, les deux Rois accordent une amnistie pleine et entière, pour tous les faits antérieurs, aux habitants originaires des Comtés, ou qui y possédaient des terres. On dira peut-être que ce traité était rompu lors de la capitulation de Bernard: nous convenons que les deux Rois pouvaient se croire dégagés, l'un vis-à-vis de l'autre, de toutes les conditions qui les regardaient personnellement ; mais ils n'en étaient pas moins liés vis-k-vis des particuliers, à qui ils avaient promis, par un serment solennel , une amnistie sans restriction , la plus complète qu'on pût imaginer. Louis y était d'autant plus tenu, qu'il avait rompu la paix en faisant incendier les récoltes du Roussillon, afin qu'on ne pût pas ravitailler Perpignan, dont le siège devait être sa première opération militaire. On a dit que Louis n'avait fait qu'user de représailles, les Aragonais ayant fait pendre un capitaine <h parti français : mais cet officier fut-il puni pour un fait militaire et antérieur au traité de 1473? Non; il fut exécuté comme l'un de ces incendiaires chargés par Louis de détruire par le fer et le feu toutes les récoltes du Comté.

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