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CHAPITRE QUATORZIÈME. 3U

aux délégués du Roi de France les revenus des Comtés.

À quoi bon toutes ces précautions? Si la souveraineté

eût été réellement engagée, on aurait remis les Comtés.

à Louis, qui en eût perçu les revenus comme il l'aurait

entendu. On doit donc considérer le traité de Saragosse

eomme une convention , où Louis consent à fournir à

Jean un secours qu'on évalue à deux ou trois cent mille

écus d'or l , au paiement desquels Jean engage en général

les revenus de tous ses Etats , et en particulier ceux des

Comtés. Louis jouira de ces derniers jusqu'il l'entier

acquittement de la dette ,. dont ils serviront à payer les

intérêts. Nous ne sachons pas que, depuis ce traité, il y

ait eu de semblables stipulations entre Princes; mate, plus

anciennement, il en avait existé. Ainsi, nous pouvons citer

un accord fait en 1270 entre S1 Louis et le prince Edouard

d'Angleterre (V. actes de Rimer) . Il faut convenir encore que

si le Roi de France n'avait été infiniment plus puissant que

le Roi d'Aragon, il n'aurait eu d'autre garantie de rentrer

dans ses déboursés que la bonne volonté de celui-ci. Mais le

traité donnait à Louis des droits positifs sur une somme très

considérable ; droits qui ne sont jamais perdus par le plus

fort, et ce Prince prit pour les assurer des mesures telles.

que, sans les scrupules de Charles VIII, ou son ardent

désir de conquérir Naples, les deux Comtés seraient restés.

indubitablement à la France. Observons de plus, que la

cession de la souveraineté des Comtés, ne pouvait, en

aucune manière, être stipulée dans un traité : elle aurait

1 Les aecoars donnés par Louis à Jean étaient bien payés : en effet , 900.000 écos d'or i iitr.il cent, chacun, font 2.228.000 fr. La solde d'une lance complète était alors (Daniel) de 30 liv. an mois ; pour sept cents tances, 21.000 Ut., ce qui revient à 103.200 fr. d'aujourd'hui. D'où il suit qu'avec ces 200.000 écus d'or, il y avait de quoi payer les sept cents lances pendant plus de vingt-et-un mois ; et l'on ne saurait douter qu'avec re secours , loyalement fourni , Jean ne fut venu à bout des Catalans, puisqu'il réussit en huit ans sans eu jouir, et malgré ceux que Louis leur donna au contraire pendant ciuq ans.

312 HISTOIRE DU ROCJSSILLON.

aliéné au roi Jean le cœur de ses plus fidèles sujets, el réuni les Catalans de tous les partis contre les Français. Le traité de Saragosse convenait parfaitement- à Louis; car il ne décelait pas ses projets ultérieurs. Ses troupes entraient en Roussillon sous le prétexte honorable de venir au secours d'un Roi allié : reçues dans les principales places au pouvoir des partisans du Roi d'Aragon, il se rendit facilement maître des autres. Du reste, il comptait, pour la réussite de ses projets, sur son armée, sur les circonstances, sur son habileté à en profiter. Les intentions du Roi de France ne furent bien à découvert, qu'au moment de l'exécution du traité. Au lieu de sept cents lances, il fait marcher vers le Roussillon une armée considérable, sous les ordres du Comte de Foix. Ce général, gendre du Roi d'Aragon, devait, à ce titre, avoir une certaine influence sur les partisans de ce Prince. Quoiqu'il fût entièrement dévoué au Roi de France, ses troupes sont reçues dans les principales forteresses ; elles enlèvent les autres , les occupent toutes avec de fortes garnisons, et se contentent de laisser quelques compagnies sur le revers méridional des Pyrénées, non pour combattre les Catalans , mais pour les empêcher de communiquer avec les Roussillonnais , qu'on cherchait ï soulever contre une domination étrangère. Les choses restèrent dans cet état de i 463 à i 466 ; mais , k cette époque, Louis, non content de livrer passage à travers les Comtés au compétiteur du roi Jean , lui fournit des secours en hommes et en vivres, et finit par prendre ouvertement son parti. Cependant, les Comtés étaient horriblement maltraités par les Français. Enfin, en 1471, Jean, ayant pacifié la Catalogne, et voulant profiter de l'exaspération des tloussillonnuis contre leurs oppresseurs, envoie un corps de troupes dans les Comtés. Partout où

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