CHAPITRE QUINZIÈME
Dauphin. La plus chaude de ces affaires eut lieu vers la fin du siège : un parent de Montpezat, a la tête d'un détachement français, voulut enlever le troupeau de la garnison, que l'on faisait sortir tous les jours pour dépaître dans la plaine. Charles d'Oms, avec ses quatre cents Roussillonnais et Iflielques Catalans, était chargé ce jour-là de protéger la dépaissance. L'attaque fut plus vive qu'à l'ordinaire , et la défense plus opiniâtre : les assiégés conservèrent leur troupeau, et tuèrent le commandant français, dont le corps, resté en leur pouvoir, fut enseveli le lendemain avec de grands honneurs dans la chapelle de l'hôpital. Le 22 septembre, six enseignes espagnoles, formant deux mille cent hommes, entrèrent a Perpignan ; elles venaient d'Elne, ayant évité un corps de six mille Français qui les attendait. Ce secours, les mouvements du Duc d'Albe en Catalogne, les approches de la mauvaise saison, déterminèrent le Dauphin à abandonner tout- a- fait le siège de Perpignan. L'armée repassa la Tet et l'Agly , et vint camper à Claira , où elle resta huit a dix jours, sans doute pour donner au corps détaché sur le Tech le temps de rejoindre , et celui de faire filer les munitions retirées du siège , sur Tautavel où elles furent rassemblées. On laissa dans cette place, de Lorges, colonel de légionnaires; et le 1er octobre, toute l'armée française, après avoir dévasté le Roussillon1, rentra en Languedoc par la route d'Estagel et par le grau. Dans cette retraite, l'arriêre-garde fut harcelée par les Espagnols, qu'elle parvint toujours à repousser. Nous avons puisé quelques notions sur les localités, et toutes les dates
I Elle avait fort maltraité, entr'autres lieux, Palan et Bages, dont les maisons incendiées, à cette époque, n'étaient pas encore rebâties en 4547. A Estagel. l'église et plusieurs maisons furent brûlées ; on détruisit une partie du mur d'enreinte ; llillas paya une contribution de 2.300 écus au soleil , etc.
dans une relation faite par l'un des assiégés : si Ton veut faire concorder ces dates avec le calendrier grégorien, qu'on établit quarante ans après, il faut les avancer tontes de dix jours. On n'y fait pas du tout mention de pluies et de torrents débordés, comme on le trouve dans les récits français ; les registres m Saint-Jean , si soignera de relater les faits de ce genre, n'en disent pas un mot. Ainsi se termina, au bout de deux mois, une entreprise dont tout l'honneur fut pour les assiégés. Hais François Ier acquit, par son humanité et sa générosité, une gloire préférable à celle que procurent les plus beaux faits d'armes. Les Italiens de son armée avaient enlevé, en se retirant, trois cents femmes ou filles roussillonnaises , qu'ils refusaient de rendre, alléguant, pour excuse de leur conduite, l'exemple- donné par l'armée du Connétable de Bourbon à Rome. Le Roi paya leur rançon, et rendit ces femmes à leurs maris et à leurs pères, venus jusqu'à Béliers pour les réclamer.
Le 22 septembre 1545, quelques troupes espagnoles se portèrent sur Tuchan , dont la garnison se rendit le 25 et fut envoyée à Narbonne. Le 25, Saint-Paul, attaqué, fit mine de se défendre , mais capitula dès que le canon eut commencé à jouer. Après avoir démoli ces deux forts, on marcha sur la Palme; mais on se retira précipitamment à la vue de la flotte de Barberousse, et sur le bruit de l'arrivée d'un corps considérable de Français. L'apparition de cette flotte dans nos mers alarma le pays; aussi la ville d'Elne, dont une partie du rempart s'était écroulée par l'effet d'une inondation, s'empressa, le 9 février 1544, de donner avis au Roi de ce fâcheux événement, dans une circonstance aussi critique.
L'année suivante, les Français craignant quelque entreprise dos Espagnols sur la ville de Carcassonue, en avaient