CHAPITRE QUINZIÈME
trois cents soldats d'élite; ils se glissent en silence le long de la contrescarpe, jusque devant la porte d'Elne; se jettent brusquement sur la batterie; en chassent la garde; enclouent quelques pièces; en jettent d'autres dans le fossé, et.se retirent, par le même chemin, devant les renforts qui arrivent, n'ayant eu que trois morts et huit blessés. Brissac, colonel de l'infanterie française, qui, le premier, avec quelques hommes, attaqua les trois cents Espagnols, acquit une grande gloire parmi les siens. Sa valeur sauva l'artillerie ; mais elle ne put réparer l'effet moral produit par ce combat. Deux ou trois jours après, les Français abandonnèrent la batterie, pour en construire une autre un peu en arrière et à droite de la première, sur un coteau au pied duquel était le moulin de l'Évêque. Cependant, les assiégés et les garnisons voisines ne négligeaient rien pour retarder les opérations du siège. D. N. d'Oms, chevalier de Malte, prévenu qu'un convoi de barques françaises allait partir de Leucate pour porter aux camps des munitions de toute espèce , sort de Collioure sur un brigantin bien armé, rencontre ce convoi en mer, lui donne la chasse, et oblige les barques k se jeter à la côte, où les équipages les abandonnent; il détruit une partie de leur cargaison, s'empare de ce qu'il y a de meilleur, et saisit des papiers qui donnaient des renseignements précieux sur l'état et la situation de l'armée française. A peu près, dans le même temps, un capitaine, aussi roussillonnais, nommé Former, sortit de Perpignan, k la tête de soixante -dix de ses compatriotes et de quelques autres soldats; marchant par des sentiers qui lui sont connus, il évite tous les postes français, et parvient sur le chemin de Salses, où il prend un petit convoi. Encouragé par ce succès, il entre en Languedoc, rencontre un convoi beaucoup plus considérable et mieux escorté : il l'attaque; mais il est repoussé,
et regagne avec peine, à travers les montagnes, le fort de Salses , d'où il continue d'inquiéter les derrières des assiégeants.
La nouvelle batterie étant prête au bout de quelques jours, canonna vivement le fort des Allemands * , la porte des Juifs et celle de la Mirande; et, sous la protection de son feu, les Français avancèrent tellement leurs tranchées, que la terre qu'ils en tiraient glissait dans le fossé du fort. Les sentinelles avancées des deux partis , n'étaient éloignées que de dix mètres; et, par une convention tacite, elles ne s'inquiétaient pas autrement qu'en paroles. Les Espagnols prodiguaient aux Français le nom de Turcs, ï cause de l'alliance de François 1er avec Soliman, et celui de Gavatxos, déjà usité; ceux-ci appelaient les Catalans mange-rats, à cause du siège de Perpignan sous Louis XI; et quant aux Castillans, ils ne leur donnaient d'autre nom que celui de va~nu$-pieds. Au milieu de cette guerre d'injures, le feu de la place empêcha toujours la construction des batteries de brèche contre le fort des Allemands; et les Français, rebutés des efforts inutiles qu'ils avaient faits, se retirèrent le 15 septembre sur Castell- Rossellô. Pendant ces attaques contre la ville haute, peu de jours s'étaient passés sans qu'il n'y eût dans la plaine des escarmouches , plus ou moins vives , entre 1a garnison et les Français campés entre Pia et Bonpas. I^es succès furent variés, et les résultats ne pouvaient avoir aucune importance, les vainqueurs étant toujours repoussés, ou par le feu de la place ou par les renforts venus du camp. Dans une de ces rencontres, D. Parrot de Llupia fit prisonnier un Gentilhomme de la maison do
i Cet ouvrage couvrait lo bastion actuel de Saint-Jacques; la porte des Juifs eliil ko1**. l.t porte de la Miramlc parait être celle de Canel, auprès de laquelle existait une tour m- .Mi!\cc. rabaissée en 1820, dite la tour des Sorcières.