CHAPITRE QUINZIÈME
à Perpignan. Olivarés avait (ait un très bon choix : ce Seigneur, né Catalan, et doué d'un caractère conciliant et sage, était très propre a calmer l'effervescence des esprits, s'il est donné a un homme d'en venir à bout, lorsqu'il trouve le mal parvenu à un certain point. Indigné de la manière dont on avait traité la ville, il fit arrêter et conduire en prison le Marquis de la Reyna et le Général des troupes castillanes : ce fut toute la satisfaction qu'obtinrent les Perpignanais. Cardone étant mort le 23 juillet, fut universellement regretté, d'autant plus qu'on le dit mort du chagrin d'avoir k exécuter des ordres entièrement contraires k ce que son cœur et son esprit lui suggéraient. Ce Seigneur fut remplacé dans le gouvernement de la province, par Don Jean de Garai. Les villes et villages du Roussillon , qui n'étaient pas contenus par des garnisons castillanes, avaient suivi l'impulsion donnée par le Gouvernement qu'on venait d'organiser k Barcelone : ils étaient soutenus par les troupes catalanes et quelques faibles détachements français. Garai voulut signaler son arrivée par une entreprise capable d'intimider les rebelles, dont le parti dominait k Me. Résolu k leur enlever cette place, il sortit de Perpignan le 23 septembre, emmenant avec lui un gros détachement d'infanterie, quelque cavalerie et quatre canons. Il reçut en passant la soumission de Millas, ce qui ne l'empêcha pas d'en maltraiter le Seigneur, Philippe d'Albert, et y manda les Consuls d'IUe; mais ceux-ci, loin de s'y rendre, appelèrent k leur secours H. d'Aubigni, qui entra dans la place , k la tête de six cents soldats français ou catalans, et dirigea la défense contre les attaques tentées par le Général espagnol. La première eut lieu le 24 septembre. Garai, après avoir battu la ville avec son artillerie, voulut faire sauter une porte au moyen du pétard, et pénétrer par ce point : rien ne lui réussit , car l'officier
chargé d'attacher le pétard fut blessé, et Garai dut s? retirer sur Saint-Féliu. Ayant fait venir de Perpignan six pièces de canon et des renforts , qui portèrent sa petite armée à six mille fantassins et six cents cavaliers, il revint le 29 septembre sur 111e ; établit ses batteries ; canonna la place, depuis trois heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, et, ayant ouvert une brèche de cinquante pieds de large, il fit monter ses troupes à l'assaut. Elles s'y portèrent avec mollesse : Garai, pour les animer, se mit à leur tête, et reçut deux coups de mousquet. Les blessures do Général décidèrent la retraite, qui s'effectua sur Saint- Féliu, mais non sans des pertes très considérables. Corneilla-de-la-Rivière ne fut pas aussi heureux quille : un détachement, envoyé par Garai, pilla ce village; plusieurs maisons, l'église, et tout ce qu'elles contenaient, furent la proie des flammes. Après cette expédition, qui ne fit pas grand honneur aux armes espagnoles , et peu propre, d'ailleurs, a réconcilier les habitants avec le Gouvernement, l'armée rentra à Perpignan le 2 octobre. Guillaume d'Armengol, châtelain du Perthus, ayant, par ordre de la République catalane, fait entrer des vivres ei de l'infanterie dans son château , on espérait empêcher les troupes espagnoles du Koussillon de se joindre k celles A la Catalogne, et faciliter le passage des secours demandés à la France, qui consistaient en quatre mille hommes, commandés par d'Espenan. Ce Général traversa le Roussillon; pénétra en Catalogne par le Perthus, et mardi? sur Barcelone et Tarragone; mais, mal secondé, daus b défense de cette dernière place , par les milices du pay*. il fut obligé de capituler, en s'engageant à rentrer eu France avec toutes les troupes qu'il avait amenées. Cette retraite, faisant craindre aux Catalans d'être abandonnés. les décida à se reconnaître sujets de Louis XIII , par un