CHAPITRE QUINZIÈME
fournit à cel habile Ministre les moyens de pousser avec plus d'énergie la guerre extérieure : il renonça k la Catalogne, où il comptait peu de partisans, et ne songea qu'à s'établir solidement en Roussillon, dont la possession était alors de la plus haute importance. On envoya le Prince de Conti dans cette province , avec une année. Sa première opération fut le siège de Villeflranche en Confient : cette place se défendit vingt jours, et soutint plusieurs assauts; emportée le 23 juillet 1654, partie de la garnison fut 4654. passée au fil de l'épée. Après cette conquête , les Français marchèrent sur Puycerda ; mais les démonstrations de l'armée espagnole, donnant des craintes pour Roses, le Prince de Conti fit faire un mouvement rétrograde à ses troupes, pour se porter dans l'Ampourdan. Il éprouva quelques pertes en repassant les montagnes, harcelé par D. Thomas de Banyuls, k la tête d'un détachement de la garnison de Puycerda, et d'environ cinq cents paysans. Ce petit échec n'empêcha pas les Français de continuer leur marche sur Roses, où ils surprirent et mirent en déroute un corps espagnol qui se gardait fort mal. Le Prince reprit alors ses projets sur Puycerda, dont il commença le siège le 30 septembre. La garnison se défendit d'abord avec courage ; mais le Gouverneur ayant été tué d'un coup de canon , la discorde se mit parmi les chefs, qui ne surent pas s'entendre pour le commandement. A ce malheur, s'en joignit bientôt un autre : la foudre réduisit en cendres le magasin des vivres. Cet événement entraîna la capitulation de la ville, effectuée le 22 octobre; elle fut suivie de la reddition de la Seu-d'Urgel et de Campredon. Le Roussillon étant entièrement soumis, on porta la guerre en Catalogne pendant les années 1655, 56, 57 et 58. Elle fut une suite non interrompue de prises et reprises de villes, de combats sans résultats, dont il serait superflu de donner le
détail, tous ces faits, assez peu importants par eux-mêmes, n'ayant aucun rapport direct avec l'histoire de cette province. Les deux puissances, fatiguées d'une lutte qui les épuisait par sa longue durée, songèrent, enfin, à se rapprocher : il y eut entr'elles une suspension d'armes dès le JG59. mois de mai 1659, qui fut suivie de la paix des Pyrénées, signée le 7 novembre, et ratifiée le mois suivant. Par l'article 42 de ce traité, qui en contient 124, il fut convenu : que les Pyrénées sépareraient désonnais les deux Royaumes , comme elles avaient séparé , autrefois , l'Espagne et les Gaules ; que tout le Roussillon et le Confient appartiendraient k la France , et toute la Catalogne et h Cerdagne à l'Espagne, de manière, cependant, que si quelques parties du Confient se trouvaient sur le revers méridional des Pyrénées, ou quelques portions de la Cerdagne sur le revers septentrional, les premières seraient adjugées à l'Espagne, les secondes à la France. On nomma de part et d'autre des commissaires pour procéder à h fixation des limites, d'après l'esprit de cet article 42, et vérification faite, sur les lieux, des points sujets à contestation. M. de Marca, Archevêque de Toulouse, et l'Évéqot d'Orange, furent les commissaires nommés par le Roi de France; Michel Salba de Valgornera, Chevalier de Saint- Jacques, Lieutenant du Maître rational d'Aragon, et Joseph Ferrer, Conseiller de la Royale Audience de Catalogne, furent ceux du Roi d'Espagne. Ces commissaires s'assemblèrent a Céret, au mois de mars 1660. Les conférences durèrent jusqu'à la lin d'avril ; on envoya aux Ministres des deux Cours les procès- verbaux de ces conférences, contenant les avis des commissaires concernant les divers points sur lesquels ils n'avaient pu se mettre d'accord. Cette discussion , reprise à Llivia , ne fut terminée que le 12 novembre, en l'absence de M. de Marca, et ater