‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 203 sur 282 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

raser Salses ; mais Schomberg représenta que cette forteresse était nécessaire pour s'assurer la communication de la France avec Perpignan et Collioure. Les Catalans, faisant partie des deux garnisons prisonnières, eurent la liberté d'aller où ils voudraient. Après ces conquêtes, l'année française négligeant les autres places du Roussillon, telles que Villefranche et Prats-de-Mollô , qui ne pouvaient avoir d'action sur le passage en Catalogne ,' pénétra dans cette province, afin d'y soutenir la révolte des peuples contre le Gouvernement espagnol.

Il n'entre point dans notre sujet de rapporter les évènenements militaires, dont ce pays fut le théâtre pendant plusieurs années. Les succès furent très variés jusqu'en 1652. L'Espagne, profitant des troubles survenus en France par l'animosité réciproque des Princes et du Cardinal Mazarin, et par les querelles de la Cour avec les Parlements, réussit à faire rentrer dans le devoir les Catalans, déjà fatigués de la domination française. Durant ces dix années, la forme du Gouvernement en Roussillon resta telle qu'elle avait été sous les Rois d'Espagne. Ce pays faisait toujours partie de la Catalogne, où commandait, souvent avec le titre de Vice-Roi, un Prince ou du moins un Maréchal de France. Pour s'attacher les habitants, on y percevait des impôts fort modérés, et l'on avait donné le commandement particulier de la Cerdagne et du Roussillon à un Gentilhomme du pays. D. Thomas de Banyuls et de Oris, était a la fois Lieutenant du Gouverneur-Général et Procureur-Royal dans les deux Comtés de Cerdagne et du Roussillon. A ces emplois, purement administratifs, il joignait l'autorité militaire, comme commandant de la ville* et de la citadelle de Perpignan. Les peuples, obéissant partout à l'impulsion donnée par la Députation catalane de Rarcelone, ne reconnaissaient que

le Roi de France, dans tous les endroits non occupés par des garnisons espagnoles. Les choses changèrent bien de 4652. face en 1652 : la ville de Barcelone étant rentrée sois l'obéissance du Roi d'Espagne, et la Représentation provinciale qui s'y était formée ayant été dissoute, le lien qui avait attaché la Catalogne à la France fut totalement rompu. Les Catalans imitèrent la capitale partout où As ne furent pas contenus par les armées françaises. Dans le Roussillon même , qu'elles occupaient , les habitants, entraînés par un penchant naturel , donnaient des preuves non équivoques d'attachement à leur ancien Gouvernement; le Clergé surtout, et les classes les plus élevées, ne dissimulaient point leurs vœux ; la Noblesse reprenait l'écharpe rouge; les soldats que la province avait levés, abandonnant leurs drapeaux, rentraient dans leurs foyers; et il ne restait avec les Français que les principaux chefs de la révolte , et ceux que les événements avaient trop compromis. Il eût été bien difficile de s'opposer h cette révolution générale des esprits. On soupçonna Joseph di Vivier, nommé par la France à l'Évêché d'Elne, et le gouverneur D. Thomas de Ranyuls, de l'avoir favorisée en secret. Soit que la chose fût vraie , soit que , piqués d'un injuste soupçon , ils prissent ce prétexte pour tfteher de faire leur paix avec le Gouvernement espagnol , l*Évéque et le Gouverneur quittèrent Perpignan : le premier se retira k Barcelone , dans son Prieuré de Santa- Anna ; le second, dans sa terre de Nyer, qui était, ainsi que la vallée du Haut-Conflent, au pouvoir des Espagnols.

Cependant, Mazarin avait triomphé de ses ennemis : le Duc d'Orléans s'était soumis ; le Prince de Condé anit été obligé de se réfugier dans les Pays-Bas ; son frtoe. le Prince de Conti, s'était réconcilié avec le Cardinal es épousant une de ses nièces. La France, ainsi pacifiée.

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