CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
gnan, n'est-ce point parce qu'elle y a été portée par l'ancien Gouverneur d'Yviça? Ces conjectures acquièrent une grande force par le silence de Bosch. Cet auteur, si passionné pour l'antiquité de sa ville natale, ne peut avoir négligé un document si expressif, que parce qu'il n'en pouvait ignorer l'origine, ayant été presque contemporain, de Davi. Pujades, Beuter et la préface du Livre vert majeur; (grand recueil de chartes, rédigé sous Jean Ier et conservé à l'Hôtel-de- Ville) supposent la fondation de Perpignan antérieure à Charlemagne, et même à l'invasion des Sarrasins. Cependant, cette ville n'est pas mentionnée, comme tant d'autres endroits du Roussillon , dans le récit fait par Julien de Tolède de l'expédition du roi Yamba contre le comte Paul. Bien plus, on trouve dans le Cartulaire du Chapitre de Saint-Jean, un statut capitulaire, à la vérité sans date, mais qui, transcrit immédiatement avant un autre de 1155, et revêtu des mêmes signatures, doit être présumé d'une époque très- rapprochée. 11 est dit dans ce premier statut : qu'on ne voyait encore, sur l'emplacement occupé depuis par Perpignan , qu'un monastère fondé par Charlemagne, sous l'invocation, de Sainte-Marie et des SS. Jean-Baptiste, Pierre, Paul et Benoit, abbé. Lorsque l'église de Saint-Jean fut consacrée, sous le pontilicat et d'autorité du pape Serge II , une bulle de ce même Pape, datée du 16 mai 844, dont on possède une copie, semble désigner ce monastère par ces expressions : Benedictionem nostram eoncedimus huic loco de Correcho et Cenobio de Santo-Petro mordis majoris. Il est difficile, d'après ces documents, cités par M. Fossa, de ne pas convenir avec lui que Perpignan n'existait pas encore sous le pontificat de Serge II, commencé en 844 et terminé en 847. La première charte connue, où cette ville porte le nom de Perpignan, est de l'an 922. Ce ne serait donc qu'entre
cette époque et 844, qu'on aurait commencé a désigner par ce nom le hameau formé auprès du monastère. 11 est question de ce hameau dans deux autres chartes du i* siècle; mais, toujours, comme d'un endroit très peu considérable. Devenu la propriété des Comtes de Roussillon, il s'agrandit aux dépens de quelques villages voisins; de nouvelles constructions furent ajoutées a l'ancienne église, que l'on consacra de nouveau, en 1025, sous l'invocation de Saint-Jean-Baptiste. Le comte Guislabert y fonda, en 1102, un Chapitre de quatorze Chanoines, une Communauté de quatorze Prêtres, avec un Chapelain majeur. On ignore par quels bienfaits son fils Gérard Ier mérita le titre de restaurateur, qu'on lisait au bas de son portrait à l'Hôtel-dc-Ville. Le comte Arnaud-Gausfred fonda, ei 1116, l'Hôpital S1- Jean. Comblé des faveurs des Comtes; devenu, par leur résidence habituelle, et peut-être par les malheurs d'Elne, la principale ville du pays, Perpignan vit naître insensiblement dans son sein une jurisprudence, qui, sous le nom d1 Usages, devint la loi générale de tout le Comté. Cependant, cette ville naissante n'approchait, sous aucun rapport, de ce qu'elle est aujourd'hui. L'article 2 de ces Usages, confirmés, en 1162, par W comte Gérard II, nous apprend qu'on n'y trouvait, i cette époque, qu'un seul tabellion pour recevoir les contrats de ses habitants. D'après l'acte de confirmation de ces mêmes Usages, daté du 16 des calendes d'avril 1173. par le Roi d'Aragon Alphonse II , on y voyait des tas de fumier dans les rues; il le défendit, sous peine de dh sols d'amende, dont la moitié devait être employée à la construction des murs et des fossés. La ville ne s'étendait pas au-delà de la paroisse actuelle de Saint-Jean. Ce Roi avait d'abord eu le projet de transporter les habitants au l'uy des Lépreux, colline englobée aujourd'hui dans Ij