FORTERESSES
Salses * . — Le fort de Salses est situé k quatre lieues de Perpignan, au débouché de la route de Narbonne, entre l'étang et des montagnes escarpées. On en posa les fondements en 1497, sur les ruines de l'ancienne ville et du château, dévastés et détruits par les Français. Sans glacis, sans chemin couvert, il n'offre d'intérêt que comme monument de la fortification du xve siècle. C'est un carré long, dont le petit côté n'a pas 100 mètres, et le grand k peu près 115. Les quatre angles sont pourvus de tours rondes. Un donjon , qui sert ordinairement de magasin à poudre, s'élève au-dessus des parapets du fort. On voit, au-dehors, trois ouvrages détachés, sur l'entrée et sur les deux courtines. Dans les fossés, d'une grande profonfondeur, on peut jeter plusieurs mètres de hauteur d'eau, que fournissent deux fontaines abondantes, dont la source est dans l'intérieur du fort. Les maçonneries ont dix-huit mètres d'épaisseur dans le haut et vingt-deux dans le bas, y compris les talus ; mais il existe, partout, des galeries
l Les archives du Génie portent Salces; nous avons préféré suivre, comme plusieurs auteurs , une orthographe rappelant l'origine romaine.
dans ce massif. Ce petit fort, maintenant sans importance, a , par sa position , joué un rôle dans toutes les guerres entre les deux États. Assiégé en 1458, 1496, 1505, 1639, 1610, 1642, il a résisté par l'épaisseur et la dureté de ses maçonneries. En 1793, le corps de troupes campé sous sa protection , contribua puissamment au gain de la bataille de Pevrestortes.
Perpignan. — Cette place est le cœur des défenses du Roussillon , et le boulevard de cette partie de la frontière. Ses fortifications, très irrégulières, construites à des époques éloignées l'une de l'autre, se composent de onze fronts, a la ville, et de six, k la citadelle. La ville fut ceinte de murs, vers la fin du xne siècle, et on suit encore partout, même au travers de la citadelle , les contours de cette première enveloppe. Le donjon, bâtiment carré, entouré de fossés profonds, fut aussi, sans doute, construit alors : il servit de demeure aux Rois de Majorque. La seconde enceinte de la citadelle, se compose de dm parties fort distinctes : un petit ouvrage, à corne, à redans et cinq fronts bastionnés, qui remplacèrent l'enceinte. détruite mal à propos, et que M. de Vauban donna ordre de relever, en améliorant beaucoup son tracé, à son second voyage, en 1679. Quant à la première, h flancs perpendiculaires a la courtine, mais d'un beau relief, l'inscription <t la porte d'entrée nous apprend qu'elle fut terminée en Mut Cinq des bastions de la ville furent construits de 1558? 1566, sous Charles-Quint et Philippe IL Tout le restée* l'ouvrage de Vauban. On trouve sept demi-lunes terrassa sur les courtines des fronts extérieurs, et quatre sur <w de la citadelle, du côté de la ville. Au-delà de la liasse. Vauban traça, avec un art, dont il se félicitait, un ouvm? ii corne, muni d'une tenaille et d'une petite demi-luie
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Depuis lors, en 1792, on a défendu l'accès des deux fronts du sud par des redoutes casematées. On a fortement amélioré la place dans ces derniers temps, par le défdement et le terrassement de ses ouvrages, ainsi que par le règlement des glacis, du côté de la ville et de la campagne. On a considérablement accru le nombre des abris casemates. Les fronts de Test : Saint-François, Saint-Martin, la Justice, ont été en partie reconstruits. L'approfondissement des fossés, et la création d'un pont écluse, les rend susceptibles d'être inondés ' . La suppression des couvents a fourni du logement* pour les troupes, et procuré, surtout, a l'administration militaire, des magasins, dont elle était dépourvue. En général, les escarpes de l'enceinte, très élevées, et presque toutes bâties en briques, laissent quelques parties à découvert; les angles seuls et les cordons sont en pierre de taille.
Nous ne terminerons pas cette notice, sans mentionner le Castillet, tour voûtée, à trois étages, attenant k la porte de France. On ne saurait assigner l'époque de sa construction, aussi étrange que pittoresque. On doit la faire remonter à la fin du xive siècle.
Collioure. — Située à six lieues |j$fe Perpignan, cette place, bâtie sur le bord de la mer, au pied des Pyrénées, en protège l'extrême gauche. Elle a pour objet la défense des passages accessibles dans cette partie; et, pour Poflensive, on y réunirait les moyens de porter la guerre en Catalogne : mais, combien toutes ces conditions seraient mieux remplies par le Port-Vendres ! Connue des Romains sous le nom de Catico-Illiberis; ruinée successivement par
1 La construction prochaine d'un pont écluse en aval . contribuera à soutenir l'inondation. Elle complétera la fermeture du lit de la Basse, et opérera la jonction de l'ancienne ville aux Tanneries.
les Goths et les Maures, le comte Guifred la rétablit en 081. Quoique son port ne pût recevoir que des navires k feiMe tirant d'eau, qui même, dans les mauvais temps, n'y trouvaient pas un abri sûr, il suffisait à la marine du moyenâge. On accrut considérablement ses fortifications de 4670 k 1682. Le château, peu étendu, n'ayant pas au-delà de 117 mètres, dans sa plus forte dimension, existait en 1285: il défend la place du côté de la mer. En 1674, on construisit , au nord , le front du Miradou , qu'on relia , par od mur d'enceinte, au château, renforcé, du côté de terre, d'une belle demi-lune. Le fort carré, indispensable pour occuper la hauteur de la Justice et la tour des Moulins, pour éclairer le profond ravin du Ravanel, datent de 1725. L'espace entre ces deux ouvrages forme le camp retranché, borné par deux branches de parapet terrassé.
A 800 mètres du château, et sur un pic dominant, les Rois d'Aragon élevèrent une tour défensive. L'importance de la position , appréciée par Charles-Quint , le décida i l'entourer d'un fort étoile, aussi étendu que le permil l'étroite surface du terrain environnant. Les hautes escarpes du fort Saint-Elme , étant dominées elles-mêmes par une hauteur voisine, on a dû récemment y établir un ouvrage avancé.
Port-Yendres , — anciennement Putius-Veiêeris , à une demi-lieue au sud de Collioure, frappa l'œil pénétrant du maréchal de Vauhan , a son deuxième voyage en Roussi 11 on. «Il ne put (dit-il) contenir son indignation de ce qu'aucun serviteur du Roi n'avait encore signalé cette situation.» Dans son enthousiasme, il voulait qu'on rasât Collioure, place sans port, sans eau douce, pour transporter sa population à Port- Vend res, où, indépendamment d'avantages maritimes inappréciables, on pouvait créer, à