CHAPITRE DIX HUITIÈME
peu de frais, une des plus importantes places de l'Europe. Bientôt, à sa voix, les redoutes du Fanal, de Béar et de la Presqu'île, protégèrent le mouillage. Il donna l'esquisse d'un projet, que la funeste guerre de la succession au trône d'Espagne ne permit pas d'exécuter. Négligé dès 1709; presque abandonné jusqu'en 1772, malgré son utilité, justifiée par les services qu'il rendit dans les guerres de 1711, 1720, 1755, 1757, on n'y reprit les travaux que sur les pressantes sollicitations de M. le maréchal de Mailly, zélé promoteur de tout ce qui pouvait contribuer au bien de la province, dont il était commandant militaire. En 1754, on n'y voyait que quarante-cinq habitants. Le port creusé pour les galères, en 1700, de seize à trente-deux pieds, s'encombrait des débris des torrents : il n'avait pas 100.000 mètres carrés de surface. Agrandi, approfondi depuis, il pouvait, dès 1779, recevoir trente bâtiments de guerre et 250 transports. On ajouta à ses défenses, en 1781, la redoute de Mailly. Sa population s'élève actuellement à 2.000 âmes. La dépense de ses constructions, de 1772 à 1795, dépassa 1 .500.000 francs : on a , dans ces derniers temps , construit un beau phare sur le sommet du cap Béar, lk où , sans doute existait le temple de Vénus. L'agrandissement du port; la déviation des torrents qui y débouchaient; la création d'un bassin; la construction de fortes jetées , sont maintenant en cours d'exécution, et ont déjà coûté environ 2.500.000 francs. Le bassin de 520 mètres de longueur, sur 152 mètres d* large, offrira plus de 40.000 mètres de surface, dont 10.000 à neuf mètres de profondeur, le reste k six mètres. De son côté, le Génie militaire s'occupe de projets d'un vaste développement, pour la protection d'un port destiné a devenir l'un des plus considérables établissements maritimes de la France.
BeUegarde. — Ce fort, établi justement sur la ligne frontière, à six lieues de Perpignan, domine les cols ou passages du Perthus à Test, de Panissas à l'ouest, et bat on long développement de route dans la plaine de l'Ampourdan. Il est fôcheux, qu'à 5.000 mètres vers l'ouest, le col de Portell ouvre à l'ennemi la vallée de Haurellas. Ce n'était, au xiie siècle, qu'une grosse tour carrée, ayant des mon épais de 1 mètre 50, de 20 mètres de haut et 35 mètres de côté , au milieu de laquelle, une tour plus élevée servait de doujon : entourée d'un chemin de ronde, un petit ouvrage en couvrait l'entrée. L'occupation de ce poste fat toujours considérée comme importante. Après la conquête , on y tenait une garnison permanente de vingt-cinq hommes, qui, en 1667, eut la gloire de repousser l'attaque de 2.000 Espagnols, qui s'en emparèrent en 1674 et le perdirent l'année suivante. Louis XIV en comprit alors h valeur, et prescrivit de le fortifier. L'enceinte, commencée en 1677, sous la direction et les dessins de l'ingénieur Saint-Hilaire , n'était pas terminée, lorsque Vauban ; vint en 1679. Il corrigea, autant qu'il put, le pentagone irrégulier, en exécution; fit raser le donjon et former une enceinte intérieure, rachetant l'énorme massif de rocher, qu'il eût fallu enlever. Trois demi-lunes, dont une case* matée ; des fossés, partout où l'escarpement le permit, et un chemin couvert étroit, complétèrent la défense d'un fort, que la pente rapide et la nature du sol rendent, à peu près, imprenable par les formes ordinaires d'une attaque. Le fortin, petit ouvrage à corne, casemate, dont la tcle touche à la limite, est relié au fort par deux longues branches, dont l'une est un reste des travaux des Espagnols, en 1674. Deux redoutes carrées, a mâchicoulis, éclairent les bas-fonds a Test et à l'ouest; une troisième, établie au Perthus, bat à petite portée le passage à l'entrée du territoire.