CHAPITRE TROISIÈME
Il nous reste à examiner deux documents importants : le premier, appelé Vltittéraire d'Antonin, est un relevé des voies militaires de l'Empire romain, où sont marqués les noms des stations situées sur ces routes, avec leurs distances. On ne connaît ni l'auteur de cet ouvrage, ni le temps où il fut publié pour la première fois : on le croit formé de tableaux de routes, dressés en des temps différents, et il paraît qu'on en a fait diverses copies. Le second est connu sous le nom de Table de Peutinge)*, parce qu'il fut trouvé dans les papiers de ce savant praticien d'AusSourg. Sur cette table sont tracés les chemins, les fleuves, les montagnes, les côtes de l'Empire ; on y voit aussi les noms des villes et des provinces. Mais le tout y a été placé sans s'astreindre à suivre aucune des projections employées par les géographes. On ignore également l'époque où cette espèce de carte fut dressée. On considère généralement ces deux documents, tels que nous les possédons, comme des copies d'originaux publiés avant la chute de l'Empire d'Occident. Quelque défectueux qu'ils nous soient parvenus, il n'en est pas moins vrai qu'ils peuvent jeter un grand jour sur la question qui nous occupe, pourvu qu'en les comparant entr'eux et avec l'état actuel des lieux, on cherche, à l'aide d'une sage critique, à faire disparaître les fautes palpables qui se sont glissées, soit dans l'énoncé de certaines distances, soit dans l'orthographe de quelques noms. On trouve, dans Y Itinéraire, deux routes traversant le Roussillon pour aller des Gaules en Espagne. La Table de Peutinger, au contraire, s'accordant en cela avec toutes les inductions tirées des auteurs et des faits ci-dessus cités n'en offre qu'une seule, qu'elle fait passer par Ruscino et par Illibéris. On verra, dans les trois premières colonnes du tableau ci -joint (page 56), la description de ces trois routes de Narbonue
à Girone, telles qu'on les a tracées dans Y Itinéraire et dans la Table de Peutinger.
Puisque , de ces deux documents , le premier est un relevé des routes de l'Empire, et le second une espèce de carte routière, il est infiniment probable que la route unique tracée dans la Table, est la même que l'une des deux décrites dans Y Itinéraire. On se convaincra de cette identité , si l'on compare avec attention les parties comprises entre Narbonne et Aquis Voconis, des deuxième et troisième colonnes du tableau. En effet, outre Narbonne, Ruscione, Summo Pyrenœo et Juncaria, se trouvant dans les deux colonnes, il est évident que le Ad Centurions de la seconde est la même chose que le Ad Centenarium de la troisième. De plus, la ressemblance des noms et l'égalité des distances entr'elles , et de chacune d'elles à Juncaria, prouvent assez que Cemuana et Vocons de la Table, sont les mêmes stations que Cinniana et Aquis Voconis de Y Itinéraire. C'est par des fautes des copistes que ces noms sont écrits un peu différemment dans les deux documents ; fautes très communes lorsqu'il s'agit de noms de lieux éloignés et peu connus. Nos meilleures cartes modernes n'en sont point exemptes. Gérunda ne se trouve pas dans la deuxième colonne; mais comme, dans la troisième, on la voit entre Cemuana et Vocons, à 12 milles de chacune de ces deux stations, dont b distance est aussi de 24 milles dans la deuxième colonne, il ne peut y avoir le moindre inconvénient à lui donner b même position dans cette colonne. Pour faire accorder parfaitement ces deux routes dans la partie comprise entre Ruscino et Gérunda, il suffit de corriger certaines distances, manifestement fautives dans la Table de Peutinger. Par exemple, elle compte 7 milles de Ruscione i Illibere , tandis que les mesures prises entre ces deux.