CHAPITRE TROISIÈME
points, assez bien connus, obligent d'en compter au moins huit. Celle d'Illibéris à Ad Cerdemrium restera de 12 milles, comme dans la Table. Celle-ci ne compte également que 8 milles de Summo Pyrenœo à Juncaria; mais la position du premier endroit dans le centre de la chaîne, et celle du second, à proximité du champ Joncaire, dont il tirait son nom, rendent bien plus vraisemblable la distance de 16 milles, telle qu'elle est toujours marquée dans Y Itinéraire. Nous l'adopterons ainsi dans la quatrième colonne du tableau ci-joint, destiné k représenter la route résultant de la combinaison des deuxième et troisième colonnes du tableau. Pour simplifier le travail, nous ne nous occuperons point de fixer la position intermédiaire de Deciana, ce qui nous entraînerait dans une longue et difficile discussion, étrangère à notre sujet, puisque Deciana est hors du Roussillon.
L'identité des deux routes, pour la partie comprise entre Ruscino et Gérunda, me paraît parfaitement établie. Si elle n'est pas aussi frappante pour la portion comprise entre Ruscino et Narbonne, c'est qu'il y a dans la Table une lacune entre ces deux villes; mais le chiffre VI, qui y marque la distance de Ruscino à la première station, du côté de Narbonne, indique assez que, dans ce document, s'il n'était tronqué en ce point, la première station serait Combusta, ainsi que dans Y Itinéraire, et les deux routes n'en feraient qu'une seule, telle que nous l'avons donnée dans la quatrième colonne du tableau. Si nous la faisons passer par Salsulis, qu'on ne voit ni dans la deuxième ni dans la troisième colonne, c'est que la route de Narbonne a Ruscino ne doit pas dépasser 40 milles, et que, pour satisfaire a cette condition, il faut qu'elle passe à Salsulis. Tout écart, soit à l'ouest, a travers les montagnes, soit a l'est, entre la mer et l'étang, l'allongerait de trois a
50 HISTOIRE DU ROUSSILLOK.
quatre milles. Outre que ni l'un ni l'autre de ces écarts n'est présumable, il est certain que, dans des problèmes de ce genre, les distances bien connues, sont les données les plus précieuses, tout comme elles sont les conditions auxquelles la solution doit nécessairement satisfaire pour être vraie.
Des stations situées dans le département, et inscrites à la quatrième colonne de notre tableau , nous connaissons les positions de Salsulis, de Ruscino, d'Illibéris. Si nous pouvions déterminer celle du point important de Summo Pyrenœo, la direction de cette voie romaine à travers le Roussillon nous serait parfaitement connue. Pour y parvenir, observons que le Col de la Massana, les environs de Cerbère et ceux de Bellegarde, sont les seuls points par lesquels on puisse , sans trop de difficultés, conduire à travers les Pyrénées une route allant de Ruscino à Gérunda. Il suit de là que le Summo Pyrenœo doit se trouver sur l'un de ces passages. L'épithète summo indique assez qu'il faut le chercher dans la partie la plus élevée de la route, c'est-à-dire presque sur la limite actuelle des deux royaumes, qui suit à peu près la crête même des montagnes. Cela posé, remarquons que Y Itinéraire compte 68 milles romains, à peu près 100 kilomètres 980 mètres de Ruscino à Gérunda, dont la distance, en ligne droite, n'étant que de 82 kilomètres 248 mètres, lui est inférieure de 18 centièmes, à peu près un sixième.
Los petites inégalités d'un terrain, même assez uni, occasionnent des montées, des descentes, des sinuosités, qui rendent la route la plus directe entre deux points, toujours plus longue que leur distance mesurée en ligne droite sur ce terrain , ou prise sur une carte à grande échelle. Cet excès varie suivant la nature du pays. Plusieurs comparaisons faites sur des routes anciennes ou