CHAPITRE CINQUIEME
à feu et à sang, massacre les hommes, réduit eu captivité les femmes et les enfants. Àmbiza y passe lui-même l'année suivante; prend d'assaut Carcassonne, qu'il livre à la fureur du soldat. Intimidées par cet exemple, toutes les villes, depuis Alby et Cahors, jusqu'au-delà du Rhône, font leur soumission. Les Musulmans, ne pouvant laisser partout des garnisons, se contentent de prendre des otages, qu'ils envoient à Barcelone. L'expédition d'Ambiza ne finit pas aussi heureusement qu'elle avait commencé. Battu par le duc Eudes, il périt au mois d'avril ou de mai 725, des suites des blessures reçues dans le combat. Hodeira, son lieutenant, ramena l'armée en Espagne. Il est assez probable que les places où il ne laissa pas de garnison secouèrent le joug. Aussi , dans les incursions que les Sarrasins firent jusqu'en 729 pour les soumettre, 72a« ils commirent partout les plus affreux ravages.
Pendant les quatre dernières années, Othman-Abu- Neza-al-Chemi, après avoir été Émir de toute l'Espagne, n'était alors que le gouverneur des provinces situées en deçà de l'Èbre. Le duc Eudes, qui avait souvent combattu contre ce vaillant capitaine, crut qu'en lui donnant en mariage sa fille Lampagie, que ce Musulman avait fait prisonnière * , et contractant avec lui une étroite alliance, il affranchirait ses États des invasions des Arabes. Sa politique fut cruellement trompée. Cette alliance donna lieu, au contraire, à I9 plus terrible des invasions. Abdel- Rhaman , nommé nouvellement Émir et gouverneur d'Espagne, rassemblait une armée formidable du côté des Pyrénées. Irrité contre Olhman, qui refusait de rompre une trêve faite à son insu avec les Chrétiens, il envoya
i J'ai saivi le récit de Condé, d'après les Arabes, plutôt que celui d'Isidore de Bejra, parce qu'il m'a para plus probable qu'Eudes mariât sa fille, déjà prisonnière, a uu des pYiDcipauK cJicls Sarrasins , que vol uni ai renient et à un simple gouverneur de la CcnLigHi*.
un corps de troupes pour s'emparer de lui dans le château qu'il habitait sur la frontière, au milieu des montagnes. Le nom d'Albâb, donné par les historiens arabes à ce château , signifie port ou porte , et peut convenir à divers passages des Pyrénées. Les uns veulent que ce soit Puycerda, d'autres Livia. Or, la première de ces villes n'existait pas encore (Voir Fossa). Ce ne peut donc être que la seconde, d'origine romaine. Surpris par les troupes de l'Émir, Othman fuyait à travers les montagnes, avec une épouse adorée et un petit nombre de serviteurs. Voulant lui procurer quelque repos, et épuisé lui-même de fatigue, il s'arrête auprès d'une fontaine, dans un frais vallon, où il se croyait en sûreté. Atteint par Gedhi, chef de l'expédition, abandonné des siens, Othman combat seul avec le courage du désespoir, et tombe percé de coups aux pieds de la belle et infortunée Lampagie, qui, au mépris de sa naissance royale, fut envoyée au harem du Calife 732. de Damas. Bientôt après, en 732, les Sarrasins inondent l'Aquitaine, la Septimanie, et marchent sur Bordeaux, qu'ils prennent. Ils y détruisent les églises, et massacrent une partie des habitants; ils battent le duc Eudes, qui les attendait sur la Dordogne, et s'avancent jusqu'à Tours, pillant et dévastant tout le pays sur leur route. Cette ville fut le terme de leurs succès. Gorgés de butin, embarrassés d'équipages, ils sont attaqués et battus par les troupes de Charles-Martel , auxquelles s'étaient réunis les débris de l'armée d'Aquitaine. Abdel-Bhaman est tué; les tristes restes de sa formidable armée sont poursuivis jusqu'à Narbonne, qui résista au vainqueur. Plusieurs places de la Septimanie tombèrent en son pouvoir. Ce désastre n'ôtr point encore aux Infidèles le désir et l'espoir de conquérir la France. S'étant alliés, en 734, à Mauronte, gouverneur de Marseille, qui leur livre Avignon, ils s'emparent