‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 54 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

d'Arles , et pénètrent dans le Dauphiné et le Lyonnais. Charles-Martel marche à eux , en 756 , les repousse , et 756. prend d'assaut Avignon , dont la garnison est passée au fil de l'épée. Nimes, Maguelone, Agde, Béziers, tombent entre ses mains ; il en rase les fortifications , et met le siège devant Narbonne. Les Arabes, venus par mer de Tarragone , débarquent à La Nouvelle , et marchent au secours de la place assiégée . Charles va à leur rencontre, et les trouve campés sur la Berre, auprès de Sigean. Après un combat sanglant, la victoire se décide en faveur des Français : les Musulmans fuyent vers leurs vaisseaux, et font des pertes énormes à leur rembarquement.

Il est difficile de se faire une idée exacte de l'état de la Septimanie durant cette malheureuse période; mais, en combinant ensemble les récits des au teurs , soit Arabes soit Chrétiens, on peut conjecturer que les peuples de cette contrée, souvent obligés de céder sans résistance aux forces trop supérieures des Sarrasins, ne leur furent véritablement soumis que dans le voisinage des places où ils laissaient de fortes garnisons. Quant à la plaine du Roussillon, passage obligé de toutes les irruptions des Infidèles, et éprouvant leurs premières fureurs, la désolation y fut telle, dès les premières invasions, que ceux des habitants qui furent assez heureux pour éviter la captivité, se réfugièrent dans les montagnes, où il leur était plus aisé de se cacher ou de se défendre, suivant la nature des circonstances : les Sarrasins même ne purent s'établir dans un pays qu'ils avaient totalement dévasté, et dont leur rage imprévoyante avait fait un désert. Leur expédition pour délivrer Narbonne, semble confirmer cette conjecture ; car s'ils avaient occupé quelques points fortifiés en Roussillon , il eût été plus sur de marcher au secours de Narbonne par terre, que d'y transporter par

mer une nombreuse armée ; et surtout bien plus aisé , après leur déroute, de se retirer vers leurs places , que de se rembarquer devant une armée victorieuse. 1^ défaite des Arabes, les troubles qui eurent lieu immédiatement après, tant en Espagne qu'en Afrique, fournirent aux habitants de la Septiinanic une occasion favorable de se- 757. couer le joug. Aussi voit-on qu'en 747, tandis que l'Émir Yousouf s'occupait à composer la dernière des cinq provinces entre lesquelles il divisait FEspagne, en y adjoignant les possessions musulmanes au-delà des Pyrénées, il était si peu maître dans les Gaules qu'il fut obligé d'y envoyer son fils Abdel-Rahman avec une armée pour en contenir les habitants. Celui-ci les abandonna bientôt pour voler au secours de son père, contre lequel s'était révolté Amer, entraînant dans son parti les provinces espagnoles voisines des Pyrénées. Affaiblis par cette guerre civile, les Sarrasins ne pouvaient être forts dans la Gaule-Gothique; et c'est sans doute parce qu'ils n'étaient pas en état de contenir les Chrétiens, que le golh Anscmond réussit, en 752, à livrer à Pépin, Nîmes, Maguelone, Agde et Béziers. C'était une politique assez ordinaire aux Arabes de se contenter, lorsqu'ils avaient trop d'affaires ailleurs, de la soumission plutôt apparente que réelle des Chrétiens: ils les laissaient alors vivre sous le gouvernement d'un Seigneur de leur nation, moyennant un tribut assez léger, attendant une occasion favorable de donner plus d'extension à leurs droits de souveraineté. C'est ainsi qu'ils en avaient agi pour le royaume de Murcie avec le prince Théodomir, dont vingt-huit ans après ils dépouillèrent le successeur, nommé Athanagilde. On croit qu'ils avaient suivi le même système avec les Asturiens. Ansamond était vraisemblablement un seigneur goth, à qui le commandant arabe, obligé de se renfermer dans Narbonne.

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