‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 55 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

avait abandonné le gouvernement des villes qu'il ne pouvait occuper. C'est au moins à une mesure semblable que les historiens arabes attribuent la perte de la Septimanie.

Quoi qu'il en soit, dès l'an 752, les troupes françaises, 752, avec Ansemond et ses Goths, bloquaient Narbonne. Il périt par la trahison d'un des siens sous les remparts de cette ville : les secours qu'on y envoyait d'Espagne, étaient le plus souvent interceptés par les montagnards du Roussillon et de la Catalogne. Pour réduire ces Chrétiens, le commandant arabe de la frontière fit marcher contre eux son lieutenant Soleiman, qui périt avec la majeure partie de son armée, dans un combat livré le 3 septembre 756. Cette expédition malheureuse fut la dernière tentée par les Sarrasins pour soutenir Narbonne. Les guerres civiles qui déchirèrent la Péninsule jusqu'à ce que l'ommiade Abdel-Rhaman fut devenu paisible possesseur du trône de Cordoue, ne leur permirent pas de défendre une province qui n'avait jamais été soumise que lorsqu'elle était occupée par des troupes nombreuses. Les habitants de Narbonne, enhardis par les discordes des Infidèles, et ayant obtenu de Pépin l'assurance d'être gouvernés suivant leurs lois, se jetèrent, de concert avec les Français, sur la garnison arabe, qui fut passée au fil de l'épée. Cet événement eut lieu en 759. Aussitôt après, le Roi de France, suivant quelques écrivains contemporains, lit un traité avec Abdel-Rhaman. Il est à croire qu'assez occupé contre les Bavarois et les Lombards, n'ayant rien à craindre du côté de l'Espagne, il abandonna à leurs propres forces les Goths de la Septimanie ; aussi , huit ans après, il fut obligé de reprendre plusieurs villes de cette province, dont le duc Vaiffre s'était emparé.

Tous les détails donnés dans ce chapitre sur les invasions des Arabes dans la Gaule-Gothique, et sur les guerres

qu'ils j ont soutenues , prouvent qu'ils ne doivent avoir laissé dans le Roussillon d'autres traces de leurs fréquents passages et de leur court séjour, que la dévastation des campagnes, l'incendie des édifices, la destruction des villes. Les chartes des temps postérieurs confirment les renseignements que nous fournit l'histoire. Nous ne saurions donc attribuer aucune influence heureuse sur notre civilisation, au séjour qu'ils ont fait dans notre pays. La science de l'irrigation, en particulier, ne peut nous avoir été enseignée par eux , comme nous Je prouverons plus loin, parce que le premier grand canal de ce genre, en Espagne, celui d'Ecija, ne fut commencé que sous le règne d'Abdel - Rhaman III, qui monta sur le trône en 912. D'ailleurs les troupes qui envahirent la Péninsule étaient composées, en grande partie, d'aventuriers de toutes les nations, et surtout de Maures et d'Africains, bien éloignés d'avoir atteint ce haut degré de civilisation auquel les Arabes eux-mêmes ne parvinrent qu'après cette époque. Ils ne songeaient à rien construire, surtout dans une contrée où ils n'étaient pas encore établis solidement. Les églises dont ils dépouillaient les Chrétiens, converties en mosquées, suffisaient à la célébration de leur culte. D'après ces considérations, on ne doit pas être étonné de ne trouver en Roussillon d'autre témoignage matériel du séjour des Arabes, que les monnaies qu'on y découvre même fort rarement. D'ailleurs ils n'ont rien laissé k Narbonne, dont ils ont été maîtres pendant près de quarante ans. Nous avons placé en l'an 721 la prise de Narbonne par les Sarrasins; elle aurait eu lieu au moins deux ans plus tôt, si nous pouvions nous appuyer avec confiance sur l'article 40 de YAppendix du Marca Hispanica. Cette charte est une enquête testimoniale faite en 879, pour rétablir, suivant la loi gothique, des

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