CHAPITRE SIXIÈME
fut gouverné, depuis la lin de 873 jusqu'à 895, par un comte Miron, fils de Sunifred et d'Ermessinde, frère d'un Vuifred, très probablement Vuifred - le - Velu , comte de Barcelone. Ce Miron doit avoir, dans les premières années de son administration , molesté quelques églises, et s'être attiré par là une semonce du pape Jean VIII. Sans doute il s'empressa de réparer ses injustices, qui ne devaient pas être d'une grande importance; car ce Pape, fort prodigue d'excommunications, se contenta de le menacer. D'ailleurs, on le voit contribuer à reconstruire l'abbaye d'Arles et à bâtir et doter l'église de Formiguères; il donna aussi avec ses frères , pour le soulagement de l'âme de leur père et mère \ la ville de Prades à l'abbaye de la Grasse. Il mourut avant les ides de mars 895 (Fossà). Il avait fait, avant de mourir, de grandes libéralités k l'église d'Elne. Le Pape Romain les approuva par une lettre ( art. 58 du Marca Hisp.J. Mais comme elles étaient prises en partie sur le domaine royal, elles furent confirmées par le Souverain (art. 59 du Marca Hisp.); et c'est une nouvelle preuve que Miron exerçait l'autorité comtale sur le Roussillon. L'on voit par ces chartes, que presque toutes les églises du Diocèse tombaient en ruines, et qu'on n'avait aucun moyen de les réparer. L'événement le plus remarquable arrivé du vivant de ce Comte, est une crue de la Tet, si forte qu'elle emporta le monastère de Saint-André-d'Exalada, construit, avant 841 , sur un emplacement fort élevé au-dessus du lit de cette rivière*. Tous les titres ayant été enlevés par les eaux, on les refit suivant la loi des Goths , en appelant devant
i Propter remedium «ainur, etc..
2 Ce qui reste encore des ruines de re monastère , au point de la route de Mont-Louis qu'on appelle los Graus, étant à plus de 100 mètres au-dessus du niveau du lit de la Tet, le* bâtiments qu'habitaient les Moine? devaient sans doute ooniner un emplacement inférieur.
9<> HISTOIRE l)i: ROISSILLON.
les juges les témoins des actes perdus, ou a leur défaut les personnes qui en avaient eu connaissance. On rétablit ces titres d'après leur déclaration, reçue sous la foi du serment. Les moines échappés à celte catastrophe se réunirent ï Saint-Michcl-dc-Cuxa. Le testament de l'abbé Protasius, fait quatre ans après, nous apprend qu'ils étaient cinquante moines. Nous y voyons aussi combien ils possédaient de chevaux, d'ânes, de mulets, de brebis, etc. Nous nous contenterons de noter ici que leur bibliothèque consistait en trente volumes.
Malgré toutes ces preuves de l'existence d'un comte Miron a la lin du ixe siècle, Dom Vaissettc est le seul qui l'admette parmi les Comtes de Koussillon. Il le fait même figurer dans les chartes nos o(> et 60 du Marca llisp. , attribuées par Haluze aux années 898 et 901 ; ce qui ne peut être, puisque le Miron de Dom Vaissette mourut avant les ides de mars 8flo. C'est sans doute par ce motif (pie notre savant compatriote Fossa, dont on a suivi l'opinion dans Y Art de vérifier les Dates, Ta exclu de la liste de nos Comtes, où il l'avait d'abord placé. Dom Prosper de Holarull a prouvé (pie le Miron signataire de la charte n" *>(>, est un Comte de Cerdagne, tils de Vuifrcd-le-Yclu. Quant à la charte n° IK), sa date anno quarto régnante (arlono rege, me parait devoir être la quatrième année de Carloman, et non de Charlesle-Simple. Kn effet, dans le corps de cette charte, Gliarles-le-Chauve est appelé par syncope Carlo au lieu de Carolo ; pourquoi aurait-on donné le nom de Carlow à Charles-le-Simple? Ncst-il pas plus probable que (-arUmo est le nom syncopé de Carlowano, dont la quatrième année est Tan 882, qui convient 1res bien à notre Miron, plein de vie à cette époque?
Les concessions de terrain faites par les Caiiovingieus