CHAPITRE DIXIÈME
On peut élever des prétentions mieux fondées en faveur de Miron. Les chartes 54, 38, 59, 40, 4t et 60 du Marca Hisp. rapportent des jugements rendus, de 874 à 882, dans la vallée du Confient, sous la présidence d'un Comte de ce nom. On y voit aussi le testament de Protasius, où cet Abbé de Saint-Michel-de-Cuxa appelle à plusieurs reprises ce même Comte, mon maître et mon seigneur. Il existait vers ce même temps un Comte de Roussillon nommé Miron, auquel le Pape Jean VIII écrivait, vers Tan 878, pour lui ordonner, sous peine d'excommunication, de réparer les torts qu'il avait faits aux églises de la Septimanie (Hist. du Lang., tom. 2, pag. 5 et 6). Ces deux Miron sont très probablement le même personnage dont l'autorité s'étendait sur tout le Diocèse d'Elne, formant alors le Comté de Roussillon. Il était contem- » porain de Vuifred-le-Velu, comte de Barcelone, et possédant à ce titre la Cerdagne. Il parait même résulter de la combinaison de plusieurs chartes que ces deux Comtes étaient frères : 1° Dans la charte 99 de Y Hist. du Lang., vol. 1, « Sigebodus, Archevêque de Narbonne, de 873 à 884 , dit être venu a Formiguéras , en Capcir, à la prière des deux frères, les comtes Vuifred et Miron, et de deux autres frères, les comtes Oliba et Àyfred, afin d'y consacrer une église , que ces Seigneurs avaient construite et dotée pour l'expiation de leurs péchés. » On doit attribuer nécessairement cette fondation à des Seigneurs du pays. On ne peut jeter les yeux que sur Oliba et Ayfred , comtes de Carcassonne et du Rasés, et sur Vuifred et Miron, maîtres de la Cerdagne et du Confient ; 2° Oliba Cabréta, petit-fils de Vuifred-le-Velu, dit dans la charte HO du Marca Hisp., « qu'un frère de son grand-père avait bâti le monastère d'Arles, dans le Comté de Roussillon. » Cette indication ne peut convenir à personne mieux qu'à
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Miron, pourvu de ce Comté quelques années après la destruction du monastère d'Arles par les Normands, en 858; 3° Suivant la charte 54 du Marca Hisp. , notre Miron était Ois du comte Sunifred. D'après Bofaruii , Vuifred-le- Velu, fils d'un Sunifred, avait un frère nommé aussi Sunifred. Dans la charte 412 du premier volume de YHist. du Lang., on voit figurer parmi les donateurs deux Comtes, nommés Vuifred et Miron, tons deux fils et frères d'un Sunifred. Ces deux Seigneurs paraissent devoir être Vuifred-le-Velu et Miron de Roussillon : les historiens du Languedoc sont de cette opinion. A la vérité, Bofaruii, se fondant sur les nombreuses lacunes de cette charte, et surtout sur sa date, ne croit pas qu'elle puisse concerner Vuifred-le-Velu ; mais les lacunes peuvent être , remplies d'une manière fort naturelle, et une observation assez simple fera évanouir la dilliculté bien plus grave de la date, provenant uniquement de la manière dont on Ta expliquée; en effet, cette charte est datée de 877, année de la mort de l'empereur Charles. On a voulu que ce Carolus fût Charles-le-Cros et non Charles-le-Chauvc : cependant plusieurs actes, en Languedoc, sont datés de la mort de ce dernier, Louis, son (ils, n'ayant point été reconnu sur-le-champ dans cette province, et quant k Charlesle-Gros, il ne fut Empereur qu'en 880. II n'est pas fort aisé de dire quel était ce comte Sunifred, père de Miron. On voit à cette époque quatre Seigneurs de ee nom dans la Marche d'Espagne. Le n° 31 du Marca Hisp. fait présumer que ce Sunifred avait eu quelque autorité en Houssillon, ce qui ne peut convenir qu'à Sunifred, comte de la Marche d'Espagne, de 81 i à 818. Quoi qu'il en soit, d'après les documents relatés ci-dessus, et d'antres chartes que nous citerons, il parait que tout le Diocèse d'Elue, compris sous le nom de Comté de Houssillon,