‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 92 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Gauziïed et son fils Gérard , à Guillaume, seigneur de Pia, de deux meules d'eau , prises sur le ruisseau du Ver net, pour l'arrosage de ses terres. La seconde est de Tan 1165. Le Seigneur (Tille et de Règlelles, y vend au Seigneur et aux habitants de Millas, le droit de dériver un canal de la Tet, pour arroser leurs terres et l'usage de leurs moulins. Lors de la concession faite à Guillaume de Pia, le canal du Vernet existait depuis plus d'un siècle, et arrosait probablement, comme aujourd'hui, les territoires supérieurs. De même, suivant toutes les apparences, le Seigneur d'Ille ne vendit pas à un autre le droit de prendre les eaux de la Tet, avant d'en avoir largement usé déjà pour son propre territoire. Le testament du dernier Comte de Roussillon, démontre l'existence du canal de Perpignan avant 1172. Le ruisseau appelé Comitalis ou du Comte , dans les chartes du xue siècle, ne porte-t-il pas ce nom pour avoir été la propriété, et sans doute l'ouvrage des Comtes?

Nous conclurons de tout ce qui précède, que l'irrigation fut pratiquée en Roussillon avant l'année 1100. D'autre part, on doit admettre qu'on a commencé a en faire usage lorsque les moulins à eau furent assez communs dans le pays, puisqu'on a adopté pour mesure de la distribution des eaux d'irrigation la meule, c'est-k-dire la quantité d'eau nécessaire pour faire tourner la meule d'un moulin. Ces usines sont mentionnées, pour la première fois eu Roussillon, dans les chartes de la lin du ixe siècle, et il n'est pas probable qu'on les y ait connues long-temps avant cette époque. (Appendice, n° 13.).

Dans la description de nos canaux par Jaubert de Passa, on trouve qu'il existait déjà un moulin à Millas en 1027, tandis que l'arrosage n'y date que de 1163. Le moulin d'Elne fut établi avant 902, et ce ne fut qu'en 1184 que TÉvëque et les habitants obtinrent une prise d'eau dans

le Tech pour l'irrigation. Il serait superflu de produire un plus grand nombre de preuves , et je consigne ici une observation importante, résultant de soixante-dix chartes que j'ai parcourues. Dans les actes où il est question d'eaux, d'aqueducs, de canaux, ceux des ixe, x« et xi« siècles concernent leur usage pour les moulins, tandis que dans la plupart de ceux d'une époque postérieure, on s'occupe de leur destination pour l'arrosage des terres.

L'art d'appliquer l'eau comme moteur aux moulins ï farine naquit en Orient. Un siècle avant l'ère chrétienne, aux limites de l'Asie, le moulin à eau , nouvellement inventé, remplaçait le moulin k bras, auquel on employait les femmes et les esclaves ' . D'autre part, le moulin construit par les ordres de Mithridate à Cabyra, aujourd'hui Tunkal, passait, au dire de Strabon, pour une chose fort curieuse : mais il ne parait pas qu'on se soit alors bien empressé d'adopter généralement cette découverte; car un passage de l'oraison funèbre de Placilla , femme de Théodose Ier, par saint Grégoire de Nice, prouve, qu'à la fin du rve siècle, on employait souvent la force des animaux pour faire fonctionner ces sortes d'usines. Quant a l'Occident, ces moulins, déjà introduits en Grèce, ne le furent que bien plus tard à Rome. On trouve dans Vitruve, une description assez exacte, mais très succincte, d'un moulin à eau, qu'il pouvait avoir vu en Asie; et comme il Ta placé dans la partie du dixième livre consacrée h l'indication des machines les moins usuelles, rien ne prouve que, de son temps, on construisit en Italie de semblables

l Pans des vers gracieux , que nous a transmis l'anthologie grecque , Anlipaler de Sidon s'exprimait ainsi :

« Cesses de vous donner de la peine . jeunes filles employées à foire tourner le malin . f.érès a commandé aux Nymphes des eaux'de remplir votre tàehe. A sa voix , placée» a h roue , elles fanent la lourde meule à se laisser entraîner >ur son axe , et a eVraser dans u itailution le M? <le*tiné a être rAluit eu fa nue. .

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