CHAPITRE HUITIÈME
usines (A pp., n° 14.). Pline, parlant soixante ans après (liv. 18, c. 10), des moyens employés en Italie pour moudre le grain , se sert d'expressions qui paraissent indiquer plutôt un mécanisme semblable au moulin k foulon hollandais, où la chute des pilons écraserait le blé , que celui du moulin décrit par Vitruve. Dans le ine siècle, au rapport d'Hérodien , on distribuait encore aux soldats romains , le grain , qu'ils devaient moudre eux-mêmes. Un fait raconté par Fleury (Hist. E celés., liv. 2), prouve qu'à la fin du rv° siècle on se servait de moulins k bras k Milan '. La multitude de ces machines que traînaient avec eux les Ostrogoths, lors de leur invasion en 489, doit foire présumer que l'Italie, qui ne leur était pas inconnue, n'offrait pas de grandes ressources pour moudre le grain nécessaire k une armée. Palladius est le premier auteur latin qui parle des moulins k eau, comme d'une chose usitée de son temps. Dans son livre (De Re rustica), il conseille d'établir dans les fermes des moulins k farine, mus par l'eau dont on se serait servi pour les bains. Ce conseil ne décèle pas , dans cet auteur, une grande connaissance de la dépense d'eau que nécessitent ces usines. (App., n° 15. ) On ne sait pas trop en quel temps il écrivait, et il pourrait bien ne pas être antérieur au ve siècle. À cette époque , Rome avait déjk, ou ne tarda pas k avoir des moulins k eau; car Procope nous apprend qu'en 557, durant le siège soutenu par Bélisaire dans cette ville, avec autant d'habileté que de résolution , ce grand homme, ne pouvant se servir des moulins existants sur les canaux, dont les Goths avaient détourné les eaux, en fit établir sur des bateaux, au milieu
1 A la fin du iv* siècle , Géronce , diacre de Saint-Ambroise , se vanta d'avoir pris la nuit on onoscélide ( spectre à jambes d'âne ), de lui avoir rasé la tête pour l'envoyer au moulin , et lui faire tourner la meule. Le saint Archevêque , trouvant ce discours peu digue d'uu ministre du Seigneur, imposa une pénitence au Diacre.
du Tibre f . Si les moulins a eau n'étaient pas 1res communs en Italie à cette époque, ils devaient être encore plus rares dans les Gaules. Aussi , quoique la loi salique, rédigée à la fin du vc siècle, fasse mention de ces usines, et que l'on sache, par Fortunat et Grégoire de Tours, qu'il en existait en France au vie, soit auprès de Metz, soit à Dijon, les moulins à bras étaient généralement usités. Pour des crimes assez graves , on condamnait souvent a tourner la meule; et on voit, vers la fin du VIe siècle, infliger ce châtiment à une gouvernante des enfants de Childebert II, convaincue d'avoir conspiré contre ce prince *. Elle subit la peine dans le moulin destiné à moudre le grain consommé par la maison royale.
Les moulins à eau étaient inconnus dans la Septîmanie, lorsqu'elle tomba sous la domination des Visigoths, qui, par les ravages qu'ils exercèrent, ruinèrent l'agriculture et les arts. Aussi indolents et paresseux dans la paix, que farouches et actifs durant la guerre, ces Barbares, laissant les cultures entre les mains des esclaves, aimaient mieux élever le. bétail , seule richesse de leur pays natal. Depuis cette époque, les arts, venant de l'Italie, eurent encore plus de difficulté à pénétrer dans une province soumise à des maîtres peu favorables à l'industrie. D'ailleurs, s'il s'établit alors quelques-unes de ces usines en Roussillon, elles disparurent bientôt, enveloppées dans la ruine générale de ce pays, résultat des invasions répétées des Sarrasins dans le cours du vnic siècle. Après l'expulsion des Infidèles, une nouvelle ère
1 Daps YHutoirede la Décadence de l'Empire llomain, par Gibbon, on tronw \n ileux faits rites , concernant l'envahissement de l'Italie en 489 , et le siège de Rome en 537. ce qui confirme notre opinion que les monlins à eau étaient connus, mais peu en osagv ta Kuro|K' , même au v siècle.
'i Union c de France, par Mèzi-ray. Art du Meunier, par Maloin.