CHAPITRE HUITIÈME
de civilisation commença pour notre patrie. Les Chrétiens fuyant d'Espagne, et peut-être quelques Français, joints aux misérables restes des anciens habitants, entreprirent de repeupler et de remettre en culture une contrée que les malheurs des derniers temps avaient rendue stérile et déserte. Moins d'un siècle après ce commencement de restauration, les chartes font mention des moulins à eau. Elles ne parlent d'irrigation que deux cent cinquante ans plus tard, et alors la mesure usitée pour la distribution des eaux est la meule; De tous les faits cités dans ce chapitre, nous devons tirer les conclusions suivantes : 1° les Romains, et encore moins les Goths, ne peuvent avoir introduit la pratique des irrigations en Roussillon ; 2° cette pratique ne doit y avoir été connue qu'après l'établissement des moulins à eau ; 3° s'il y avait des usines, de ce genre avant l'invasion des Arabes, elles n'y étaient certainement pas très communes, et les malheurs de cette époque les firent disparaître avec tous les monuments de la civilisation ; 4° tandis que le Roussillon se repeuple sous les premiers Carlo vin giens, les conquérants de l'Espagne deviennent industrieux, et la pratique des irrigations, importée par eux en Andalousie, se propage dans les environs de Valence et en Aragon. Elle pénètre bientôt dans la Marche d'Espagne. Les Roussillonnais ne restèrent point en arrière. Les chartes du xne siècle , en nous instruisant de ce qu'on exécuta alors, font présumer qu'on avait déjà, depuis quelque temps, songé a utiliser les eaux de la Tet, pour procurer à nos terres l'humidité si nécessaire à la végétation. Depuis deux siècles, les moulins a eau * étaient usités dans le
1 lia auteur prétend que les moulins à eau ne furent usités en Europe qu'à la fin du xu* siècle . sous le pape Célcstin III , qui les soumit à la dîme. Il est rationnel de penser qu'il ne le» y assujettit que parce que. déjà fort ronimuus, le produit de la dîme pouvait èlre de quelque importance.
150 HISTOIRE DU ROLSSILLON.
Roussillon. Les relations de nos ancêtres avec l'Espagne, leurs pèlerinages en Orient, contribuèrent sans doute ï favoriser l'introduction de l'art des irrigations dans leur pays; et tout nous engage à indiquer les xie et xnc siècles comme l'époque de cette heureuse innovation , et a regarder les Arabes comme nos véritables maîtres dans cette partie intéressante de la science agricole. Le nom (acequia), emprunté à leur langue, que l'on donna d'abord à nos canaux d'irrigation, n'est-il pas une nouvelle preuve que c'est à ce peuple que nous devons l'art de les établir et d'en distribuer les eaux avec tant d'intelligence et de simplicité? (Appendice, n° 16.)
CHAPITKE NEUVIÈME. 151